Décarboner une entreprise en pleine croissance - Swile

Dix ans après l’Accord de Paris, la décarbonation s’impose comme un enjeu stratégique majeur pour les entreprises. Scale-up de la French Tech fondée en 2016, Swile a engagé une structuration progressive de sa trajectoire climat, avec une empreinte largement concentrée sur le scope 3. Coline Vaillant, Responsable RSE chez Swile, revient sur cette démarche : méthodes de mesure, résultats clés, leviers de réduction et défis rencontrés pour concilier innovation, performance économique et alignement avec la science du climat.

Pouvez-vous nous présenter la stratégie globale de décarbonation de Swile et vos ambitions à horizon 2030 et 2050 ?

Chez Swile, la stratégie de décarbonation s’inscrit pleinement dans notre feuille de route. Après plusieurs années consacrées à la mesure et à la structuration des données, 2025 a marqué un tournant : nous avons travaillé à la définition d’objectifs de réduction alignés avec la Science Based Target Initiative (SBTi), couvrant les scopes 1, 2 et surtout 3. Notre point de départ est l’année 2024, avec un bilan carbone groupe consolidé France–Brésil, année où nous avons rejoint l’Accélérateur Climat du Pacte mondial des Nations Unies. 

Le cœur du sujet, sans surprise, réside dans le scope 3 (achats de biens et de services), qui concentre l’essentiel de notre empreinte. L’enjeu est donc de prioriser les leviers les plus efficaces, tout en tenant compte de notre réalité d’entreprise en forte croissance.

 L’Accélérateur Climat du Pacte mondial 

L’Accélérateur Climat du Pacte mondial des Nations Unies accompagne les entreprises dans la définition et la mise en œuvre de trajectoires de décarbonation alignées sur la méthodologie SBTi. Sur une durée de plusieurs mois, il combine formations collectives, ateliers pratiques et partage de bonnes pratiques, afin d’aider les organisations à structurer des plans d’action crédibles, notamment sur le scope 3.     

“Nous avons rejoint l’accélérateur climat aux côtés d’autres membres du Pacte mondial en France et au Brésil. Cela nous a permis de nous équiper de connaissances communes autour des enjeux relatifs à la fixation d’objectifs de réduction alignés sur la méthodologie SBTi et de bénéficier d’échanges particulièrement constructifs avec nos pairs.” 

– Coline Vaillant

Quels sont les principaux enseignements de votre dernier bilan carbone ?

Notre bilan carbone met en évidence une structure d’empreinte très caractéristique des entreprises de services numériques : près de 97 % de nos émissions relèvent du scope 3, contre moins de 3 % pour le scope 1 et 0,2 % pour le scope 2. Au total, en volume, cela représente entre 5 000 et 6 000 tonnes de CO₂e par an, à l’échelle du groupe. Les principaux postes sur 2024 sont les travaux réalisés pour nos nouveaux bureaux parisiens, les achats de prestations intellectuelles, l’usage des services numériques mis à disposition de nos clients, la fabrication des cartes et chèques papier physiques, ainsi que les déplacements professionnels, notamment aériens, en lien avec notre présence au Brésil. Cette photographie est essentielle pour objectiver les débats en interne et orienter nos plans d’action.

Quelles méthodologies utilisez-vous pour mesurer vos émissions et fiabiliser vos données ?

Après un premier exercice exploratoire en 2022, nous avons rapidement décidé de renforcer la robustesse de notre démarche. Nous utilisons aujourd’hui un outil de mesure aligné sur le GHG Protocol et chaque année, nous progressons dans la fiabilisation et la granularité des données. En 2025, nous avons engagé une première vérification. Cette étape est indispensable pour crédibiliser nos engagements futurs, notamment dans la perspective d’une validation de nos objectifs par la SBTi.

Nous utilisons aujourd’hui un outil de mesure aligné sur le GHG Protocol et chaque année, nous progressons dans la fiabilisation et la granularité des données. En 2025, nous avons engagé une première vérification. Cette étape est indispensable pour crédibiliser nos engagements futurs, notamment dans la perspective d’une validation de nos objectifs par la SBTi.

– Coline Vaillant

Quels leviers actionnez-vous sur les scopes 1 et 2 ?

Sur le scope 1, notre principal levier concerne la flotte de véhicules, composée d’une centaine de  véhicules. Nous avons engagé une transition vers des motorisations hybrides, avec l’objectif d’aller progressivement vers l’électrique, tout en tenant compte des contraintes opérationnelles : recharge, usages longue distance, acceptabilité par les collaborateurs. En parallèle, notre solution trajets domicile-travail (relevant du scope 3), qui s’appuie sur le dispositif FMD (forfait mobilité durable) et que nous proposons également à nos clients, est largement déployée et bénéficie à l’ensemble des collaborateurs chez Swile. Elle est très plébiscitée : 89% de nos collaborateurs ont utilisé leur dotation en 2025.

Le scope 2 représente une part très marginale de notre empreinte. Nous travaillons néanmoins sur la performance énergétique de nos bureaux, notamment à Paris, et sur les bonnes pratiques du quotidien : sobriété énergétique, gestion des équipements, dialogue avec les bailleurs.

Comment abordez-vous la réduction des émissions de scope 3 ?

Nous avons structuré notre approche autour de trois grands leviers : l’efficacité opérationnelle, l’innovation produit et l’engagement de la chaîne de valeur. Cela passe par des arbitrages très concrets : questionner la nécessité de certains déplacements, rationaliser les outils numériques, travailler sur l’éco-conception de nos cartes et de leurs emballages, ou encore favoriser le report modal dans les voyages d’affaires via Swile Travel.

Sur la carte Swile, par exemple, nous avons revu l’ensemble du cycle de vie en collaboration étroite avec nos fournisseurs impliqués dans sa chaîne de valeur : passage à un PVC 100 % recyclé, allègement des matériaux, suppression des plastifications inutiles, massification des envois et mise en place d’une filière de recyclage de bout en bout, qui permet de recycler l’intégralité de la carte Swile, du plastique à la puce. Nous savons en effet, grâce à notre Analyse de Cycle de Vie (voir encadré) que près de 90 % de l’impact environnemental lié à la fabrication d’une carte provient de sa puce. Nous avons également allongé sa durée de vie de 3 à 5 ans pour en amortir les impacts. 

La réduction des émissions passe aussi par l’évolution des usages : si la grande majorité des utilisateurs utilisent encore la carte physique pour leur paiement, la carte 100% virtuelle, qui est le moyen de paiement le plus vertueux d’un point de vue environnemental, gagne rapidement du terrain. Nous accompagnons ce changement chez Swile, en proposant depuis 2024  par défaut la commande de carte virtuelle; la commande de carte physique étant désormais optionnelle et à la discrétion des administrateurs et des bénéficiaires.

Nous savons en effet, grâce à notre Analyse de Cycle de Vie, que près de 90 % de l’impact environnemental lié à la fabrication d’une carte provient de sa puce.

– Coline Vaillant

Le calculateur environnemental Swile

Issu d’une analyse de cycle de vie* comparative réalisée avec un cabinet indépendant, le calculateur environnemental de Swile permet d’évaluer l’impact d’un euro dépensé en titre-restaurant selon le mode de paiement (titre papier, carte physique ou virtuelle), sur 16 indicateurs environnementaux : climat, eau, biodiversité, acidification des océans, etc. Il constitue un outil d’aide à la décision et de reporting pour les entreprises clientes, qui disposent ainsi d’une donnée fiable et vérifiée sur l’impact d’un paiement avec Swile. 
*Analyse de cycle de vie réalisée pour Swile en novembre 2023 par Bearing Point et vérifiée par Bureau Veritas en 2024.


Quelle place accordez-vous à la sobriété numérique ?

La sobriété numérique est un chantier clé. Très tôt, nous avons fait le choix de localiser nos serveurs en France et avons allongé la durée de vie du matériel informatique de trois à cinq ans dès 2023.Nous intégrons aussi progressivement des critères d’éco-conception dans nos produits numériques, en se basant sur les recommandations de l’institut Numérique Responsable, dont nous avons obtenu le label Niveau 1 en 2025. L’objectif est de concilier performance, expérience utilisateur et réduction de l’empreinte environnementale.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans cette démarche ?

La principale difficulté est la projection dans le long terme. Il faut tout à la fois embarquer les équipes, travailler avec des fournisseurs qui ne sont pas tous au même niveau de maturité et composer avec une part importante d’incertitudes liées aux évolutions conjoncturelles que nous ne maîtrisons pas.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux entreprises qui s’engagent dans la décarbonation ?


Commencer par mesurer, accepter l’imperfection des premières étapes, puis structurer progressivement une trajectoire alignée avec la science, en collant au plus près des réalités du business. La décarbonation n’est pas à envisager comme un frein à la performance, mais comme un levier de transformation, d’innovation, de crédibilité et de résilience.

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