Gestion durable de l’eau : comment EMAC a réduit de 92 % ses prélèvements en milieu naturel - EMAC
Entreprise industrielle historique implantée au Pays basque, EMAC conçoit et fabrique depuis plus de 70 ans des mélanges de caoutchouc techniques sur mesure pour des secteurs aussi exigeants que l’automobile, le ferroviaire, le bâtiment, la cosmétique ou encore le luxe. Membre du Pacte mondial des Nations Unies depuis 2009, cette PME française de 85 salariés a engagé depuis plusieurs années une transformation profonde de ses pratiques industrielles, notamment en matière de gestion de l’eau. Interview de Cyril Sublime, Directeur général d’EMAC.
Vous avez rejoint la direction générale d’EMAC récemment. Quel est votre regard sur l’héritage RSE de l’entreprise ?
Cyril Sublime : EMAC a une longue histoire industrielle et une culture très ancrée de responsabilité. Les fondateurs ont fait le choix, il y a plus de quinze ans, d’adhérer au Pacte mondial des Nations Unies. Ce n’était pas une posture mais une conviction : celle qu’une PME industrielle peut concilier performance économique, indépendance et respect de l’environnement. La gestion de l’eau s’inscrit pleinement dans cette continuité. Les investissements structurants ont été engagés bien avant mon arrivée, avec une vision de long terme : pérenniser le site industriel, réduire notre dépendance aux ressources naturelles et sécuriser notre activité face aux risques climatiques.
Les fondateurs ont fait le choix, il y a plus de quinze ans, d’adhérer au Pacte mondial des Nations Unies. Ce n’était pas une posture mais une conviction : celle qu’une PME industrielle peut concilier performance économique, indépendance et respect de l’environnement
– Cyril Sublime
Comment la gestion durable de l’eau s’intègre-t-elle dans votre stratégie RSE et votre contribution aux Objectifs de développement durable ?
C. S. : L’industrie du caoutchouc est historiquement très consommatrice d’eau, notamment pour le refroidissement des équipements. Pendant longtemps, le modèle était simple : on prélevait de l’eau dans le milieu naturel, on refroidissait les machines, puis l’eau repartait dans les cours d’eau.
Notre stratégie a consisté à rompre avec cette dépendance, en cohérence avec l’ODD 6 (Eau propre et assainissement) et l’ODD 12 (Consommation et production responsables). L’objectif est clair : ne plus prélever d’eau dans le milieu naturel à horizon 2030.
Les résultats sont déjà très significatifs ! « En 2018, nous prélevions environ 25 litres d’eau pour produire un kg de caoutchouc. Aujourd’hui, nous sommes passés à moins d’un litre par kilo, avec un objectif zéro en 2030. »
En 2018, nous prélevions environ 25 litres d’eau pour produire un kg de caoutchouc. Aujourd’hui, nous sommes passés à moins d’un litre par kilo, avec un objectif zéro en 2030.
– Cyril Sublime

Quels sont aujourd’hui les principaux usages de l’eau sur votre site industriel ?
C. S. : Près de 96 % de notre consommation d’eau est liée au refroidissement des équipements. Les autres usages concernent l’eau de ville pour les besoins sanitaires, le nettoyage et l’eau potable, dont les volumes sont beaucoup plus faibles.
Nous produisons environ 6 000 tonnes de mélanges de caoutchouc par an, ce qui représentait en 2019 138 000 m³ d’eau prélevée annuellement. Grâce aux investissements réalisés, ces volumes ont été drastiquement réduits pour passer à 10 000 m³ en 2023, soit une baisse de 92 %.

Quelles solutions concrètes avez-vous mises en place pour réduire vos prélèvements ?
C. S. : Nous avons investi depuis 2019 dans des groupes froids fonctionnant en circuit fermé, couplés à des échangeurs thermiques. Concrètement, il existe aujourd’hui deux circuits fermés : un circuit interne aux mélangeurs, un circuit dédié aux groupes froids.
L’eau circule, échange la chaleur, est refroidie, puis réutilisée, sans contact avec la matière. « Avant, l’eau était prélevée puis rejetée plus chaude dans le milieu naturel. Aujourd’hui, sur deux de nos trois principales lignes de fabrication, nous ne prélevons plus du tout d’eau dans les cours d’eau. »
Il reste encore une ligne à équiper, ce qui représente environ 4 000 m³ par an, soit environ un litre d’eau par kilo de caoutchouc produit. Les investissements sont validés et les résultats attendus courant 2026.
Comment anticipez-vous les tensions croissantes sur la ressource en eau ?
C. S. : Le sujet n’est pas uniquement environnemental, il est économique et stratégique. Les étés sont de plus en plus chauds, les débits des cours d’eau baissent, et les restrictions préfectorales peuvent empêcher les prélèvements industriels. Si nous n’avions pas investi il y a cinq ou six ans, l’entreprise pourrait être en difficulté. C’est la pérennité de l’entreprise qui est en jeu.
Réduire notre dépendance à l’eau, c’est sécuriser la continuité de production et la relation avec nos clients. C’est un enjeu de résilience industrielle.
– Cyril Sublime
Comment gérez-vous les eaux usées et les effluents industriels ?
C. S. : L’eau utilisée pour le refroidissement n’entre jamais en contact avec la matière. Elle transite par des bassins de refroidissement avant d’être soit réutilisée, soit rejetée dans le milieu naturel après contrôle.
Nous disposons également d’une station de lavage avec récupération des huiles, de bassins de rétention et de dispositifs de séparation en cas de contamination accidentelle. Des analyses régulières de la qualité de l’eau sont réalisées plusieurs fois par an.
Travaillez-vous avec vos fournisseurs sur l’empreinte hydrique de la chaîne de valeur ?
C. S. : Pas encore spécifiquement sur l’eau. Il faut rappeler que, pour le caoutchouc synthétique, l’empreinte hydrique est en grande partie indirecte, liée à la pétrochimie en amont (extraction, raffinage). C’est un sujet que nous pourrons approfondir à l’avenir, mais notre priorité a été d’agir sur nos impacts directs.
En quoi ces engagements s’inscrivent-ils dans votre relation avec le Pacte mondial ?
C. S. : L’adhésion au Pacte mondial nous a donné un cadre de réflexion et une grille de lecture sur nos responsabilités. La gestion de l’eau n’a pas été motivée par une demande client ou un argument marketing, mais par une décision interne, en cohérence avec nos valeurs et les recommandations de l’Agence de l’eau.
Ces efforts sont néanmoins reconnus dans nos évaluations, notamment EcoVadis, et contribuent à la crédibilité d’EMAC comme acteur industriel responsable.
L’adhésion au Pacte mondial nous a donné un cadre de réflexion et une grille de lecture sur nos responsabilités.
– Cyril Sublime

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