Créer pour préserver : comment Chaumont-sur-Loire réinvente le lien entre art et nature - Domaine de Chaumont-sur-Loire
Avec ses 32 hectares et son château Renaissance surplombant la Loire, le Domaine de Chaumont-sur-Loire, Centre d’Art et de Nature depuis 2008 situé en région Centre-Val de Loire et adhérent au Pacte mondial depuis décembre 2023, est un formidable terrain de jeu pour les artistes et paysagistes qui explorent depuis plus de 30 ans le lien entre l’art et la nature. Chantal Colleu-Dumond, Directrice du Domaine, nous invite à découvrir comment l’art des jardins devient un médium pour sensibiliser les visiteurs aux enjeux actuels et aux bonnes pratiques.
La protection de la nature et de la biodiversité au domaine de Chaumont-sur-Loire
Avec son paysage classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le domaine de Chaumont-sur-Loire expérimente depuis de nombreuses années dans ses différents espaces, le parc du château, les Prés du Goualoup ou encore le Festival des Jardins un ensemble de dispositifs pour faire face au changement climatique tout en préservant la biodiversité.
Ainsi, la gestion différenciée des espaces verts est un élément central des projets d’aménagement. « Dans le parc historique, on a longtemps tondu intégralement les pelouses afin d’offrir un tapis vert magnifiant le château. Désormais, certains espaces sont préservés afin de laisser place à la pollinisation et favoriser la biodiversité. Cette démarche est volontariste dans les Prés du Goualoup où les marguerites et les boutons d’or offrent aux visiteurs une agréable promenade champêtre. Ces espaces naturels côtoient les jardins très travaillés qui nécessitent, à l’inverse, beaucoup d’entretien. Aujourd’hui 5 hectares sur les 32 que comporte le Domaine sont particulièrement cultivés par les jardiniers. » nous explique Chantal Colleu-Dumond.
Depuis 2008, les produits chimiques (pesticides, insecticides et fongicides) sont abandonnés au profit d’autres pratiques respectueuses des sols et du vivant : insectes auxiliaires qui régulent les populations de ravageurs, notamment dans le potager ; désherbage à la binette ; usage des déchets verts pour le paillage qui protège la terre ou le compostage, véritable fertilisant naturel.
– Chantal Colleu-Dumond

Par ailleurs, l’eau est utilisée de manière raisonnée. L’irrigation fonctionne avec un système de goutte à goutte, piloté par ordinateur par tranches successives, en nocturne pour éviter une évaporation trop rapide. L’eau d’arrosage est captée dans un forage sur site. « Nous tenons compte du choix des végétaux, du climat et du type de sol. Nous expérimentons aussi des jardins secs, comme celui créé en 2023 à l’entrée du Domaine par le grand paysagiste anglais, James Basson. Ces jardins secs pourraient être expérimentés en ville pour limiter l’arrosage. » souligne Chantal Colleu-Dumond. Il est également admis, pendant la saison estivale, le jaunissement de la strate herbacée sur une grande partie du Domaine.
Enfin, une attention particulière est portée à la gestion des déchets. « Nous récupérons la taille des arbres pour en faire du broyat que l’on place ensuite sur les chemins ou au pied des arbres pour les protéger. Nous avons peu de poubelles dans le parc pour inciter les visiteurs à repartir avec leurs déchets et les promeneurs font attention. Les poubelles sont installées à proximité des restaurants. Ces pratiques vertueuses sont mises en place depuis longtemps. » ajoute la directrice du Domaine.
De l’intérêt de la mise en place de la gestion différenciée
La gestion différenciée permet de créer des habitats variés en laissant certaines zones évoluer naturellement (prairies fleuries, zones boisées…) favorisant la faune et la flore locales. Elle contribue à limiter l’impact des pratiques d’entretien intensives (tonte, taille, traitements chimiques) qui appauvrissent les écosystèmes.
Le Festival des Jardins : laboratoire d’expériences au service de la nature
Créé en 1992, le Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire est un rendez-vous incontournable de la création paysagère contemporaine. Se tenant chaque année d’avril à novembre au sein du Domaine de Chaumont-sur-Loire, il met en lumière des jardins éphémères imaginés par des paysagistes, architectes et designers du monde entier. Chaque édition explore un thème différent, offrant aux visiteurs une immersion dans des compositions végétales artistiques.
Au fil des années, l’événement est devenu un laboratoire d’expérimentations où s’expriment les tendances du paysagisme. Il sensibilise également le public aux enjeux écologiques à travers des créations qui interrogent notre rapport à la nature. « Cette préoccupation de l’environnement et de la biodiversité a orienté les thématiques du Festival : les mauvaises herbes (2003), la biodiversité (2011), le retour à la terre mère (2020) ou encore le biomimétisme (2021) et le jardin résilient (2023). Le Festival est un espace de création où l’on peut faire passer par l’art des messages de manière subtile. » précise Chantal Colleu-Dumond.

Les créateurs des jardins présentent ainsi de manière concrète des solutions durables en s’inspirant du vivant, ou des techniques traditionnelles : « Lors de l’édition sur le biomimétisme en 2021 par exemple, une tour en terre crue montrait comment avoir de l’air conditionné de manière naturelle, à l’image des termitières. Dans la même édition, la tour du jardinier des nuages récupérait l’eau par condensation de l’humidité contenue dans les brouillards, procédé ancestral des régions arides, pour récupérer l’eau qui tombe ensuite dans un réservoir abrité de la lumière et de la chaleur. L’édition 2022 présentait les oyas, technique d’arrosage ancestrale basée sur des jarres enterrées qui libèrent lentement l’eau directement au niveau des racines pour minimiser l’évaporation et le ruissellement. En 2024, David Simonson, qui a reçu le Grand Prix du Design, nous invitait à réfléchir à la manière d’amener le végétal dans les villes avec des contenants en béton bas carbone sur lequel le végétal pouvait pousser. La pluridisciplinarité des équipes permet ainsi d’apporter des réponses paysagères et architecturales au réchauffement climatique. »

Un engagement à respecter les Objectifs de développement durable
Le Domaine de Chaumont-sur-Loire s’inscrit pleinement dans plusieurs Objectifs de développement durable (ODD) grâce à ses actions en faveur de l’environnement et de la biodiversité. Son engagement pour une gestion différenciée des espaces verts, l’abandon des produits chimiques et l’optimisation des ressources en eau contribuent à l’ODD 15 (Vie terrestre) et l’ODD 6 (Eau Propre et Assainissement), l’ODD 13 (Lutte contre les changements climatiques). À travers son Festival International des Jardins, véritable laboratoire d’innovations paysagères, le Domaine sensibilise aux enjeux écologiques et aux pratiques durables, en phase avec l’ODD 11 (Villes et communautés durables) et l’ODD 12 (Consommation et production responsables). En sensibilisant grâce à toutes ces créations, à la fragilité et à la beauté du vivant sous toutes ses formes et en proposant des formations aux bonnes pratiques pour les gestionnaires publics, le Domaine contribue à l’ODD4 (Éducation de qualité).
Le Domaine de Chaumont-sur-Loire en chiffres
– 32 hectares
– 40 œuvres permanentes
– 1000 jardins créés depuis 1992
– 30 nouveaux jardins présentés chaque année pendant 6 mois
– 300 artistes accueillis au Domaine depuis 2008
– 500 000 visiteurs par an









