Gestion des déchets en milieu insulaire : l’expertise de Cycléa - Cycléa
Et si les îles devenaient des laboratoires de l’économie circulaire ? À La Réunion, Cycléa démontre qu’une gestion des déchets pensée dès la conception des produits, fondée sur l’éducation, le tri et la coopération, peut transformer les contraintes de l’insularité en véritables leviers d’innovation et de résilience territoriale.
Cycléa, société d’économie mixte de 247 salariés, est une PME de statut privé qui exerce ses activités depuis 2005 sur l’Île de La Réunion département français de 860 000 habitants situé dans l’Océan Indien. Spécialisée dans le traitement des déchets (hors déchets ménagers et organiques), CYCLÉA est un acteur local majeur de l’économie circulaire réunionnaise et traite chaque année plus de 35 000 tonnes de déchets qui sont ensuite exportés hors du département en garantissant une traçabilité de la matière secondaire jusqu’à son exutoire final. Au travers d’une démarche de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) reconnue, elle promeut l’approche d’une gestion des déchets intégrée dans le cadre d’une économie circulaire permettant de répondre aux enjeux spécifiques des milieux insulaires. Cette approche vise ainsi à minimiser la production de déchets en amont, mais surtout à maximiser le recyclage et la valorisation des matières en aval afin d’en réduire l’empreinte écologique. Une approche holistique, systémique et collaborative de l’économie et de la production de biens et services, faisant appel à l’innovation, à l’analyse du cycle de vie inspirée de la démarche « craddle to craddle » (« du berceau au berceau ») en sont des facteurs clés de succès.
Ce principe s’applique particulièrement à l’activité du traitement de déchets puisque si la gestion des déchets en fin de vie et leur recyclage est un des sept piliers de l’économie circulaire tel que définie par l’ADEME (Agence de la Transition Ecologique), elle n’en reste pas moins une activité impactante pour l’environnement si elle ne s’exerce pas dans le respect de bonnes pratiques de gestion environnementale, mais aussi émettrice de gaz à effet de serre (GES), notamment en milieu insulaire.
Une étude de la Fédération Nationale des Activités de la Dépollution (FNADE) de 2020 indiquait ainsi qu’en 2018, le secteur du déchet représentait 3% des émissions de GES françaises, tout en soulignant qu’avec une production annuelle de 30,9 Mt éq.CO2 et un évitement de 39,5 Mt. éq. CO2, le bilan global du secteur dégageait un solde positif de 8,6 Mt éq. CO2 ainsi économisées. Si l’on ajoute à cela d’une part le bénéfice produit par l’économie de ressources naturelles (renouvelables ou non) ainsi réalisée grâce au recyclage des matières en matières premières secondaires, et d’autre part la diminution de l’impact sur la biodiversité et la santé humaine des déchets plastiques ainsi captés dans une chaine vertueuse et non rejetés dans le milieu naturel, alors le bilan environnemental global des activités de gestion des déchets n’en est qu’augmenté !
CYCLÉA est donc partie prenante des initiatives qui permettent d’améliorer la gestion des déchets dans une logique d’innovation et d’implication d’autres parties prenantes.
Partant de ces principes généraux, et en se basant sur le retour d’expérience quotidien des activités de traitement de déchets de CYCLÉA, il est possible de dégager des points essentiels à prendre en considération par les entreprises et acteurs publics.

Réduction des déchets à la source : faire mieux avec moins
La réduction des déchets à la source est donc une priorité, le meilleur déchet étant celui qui n’est pas produit. Cela inclut la promotion de la conception de produits durables, la diminution de l’utilisation de matériaux non recyclables et l’encouragement des pratiques de consommation responsables.
L’écoconception des produits est donc un élément clé car trop nombreux sont les produits qui arrivés en centre de traitement de déchets ne peuvent être valorisés car trop complexes à trier faute d’avoir été bien pensés et conçus pour être par exemple désassemblés ou comporter des matières recyclables. Sans rentrer dans le détail des bonnes pratiques d’écoconception qui interrogent aussi sur la limitation de l’usage de matières premières non-renouvelables et même sur l’usage d’un produit ou service, il est néanmoins une question basique encore trop souvent ignorée qu’il faut avoir à l’esprit lorsqu’on conçoit un produit : quelle sera sa fin de vie ? A noter qu’ajouter à la réflexion de l’écoconception du produit, la réflexion sur son usage pouvant mener à une forme d’optimisation de sa matérialité au travers du développement d’une économie de la fonctionnalité et du partage basée sur la commercialisation de l’unité d’usage du produit et non sur le produit lui-même, est une démarche qui conduirait à réduire drastiquement la quantité de certains déchets générés.
Ainsi, penser un produit dès son origine en anticipant sa fin de vie va permettre de favoriser son recyclage. Par exemple en limitant le nombre de types de matériaux utilisés, en facilitant son démontage, etc. Un démontage trop complexe, si ce n’est impossible, rendra plus couteuse sa valorisation, voire économiquement non rentable pour l’intervenant en bout de chaine. De même, ces dernières années ont vu le développement d’innovations visant à recycler des matériaux, notamment plastiques, en leur donnant une seconde vie grâce au mélange avec d’autres matériaux (alliage de déchets de bois et plastiques par exemple), donnant ainsi naissance à un matériau « hybride » innovant. Malheureusement, la conception de ce type de matériaux « hybrides », si elle part d’une bonne intention initiale, ne conduit finalement qu’à limiter la circularité de la matière, le nouveau matériau ainsi crée ne permettant pas la plupart du temps de revaloriser séparément dans un second temps les matières d’origine, bois et plastique par exemple.
L’innovation qui conduira à l’éco-conception trouve souvent sa source dans des laboratoires, des centres de recherche, mais il est essentiel que cette innovation se fasse en associant toutes les parties prenantes concernées par un produit. Trop souvent, lorsque ce travail de co- construction a lieu, les principales parties prenantes associées sont les clients, mais on oublie souvent l’acteur qui in fine interviendra au bout du cycle de vie du produit, à savoir le gestionnaire de déchets qui sera celui devant réellement gérer opérationnellement cette fin de vie du produit.
Le développement ces dernières années en France des filières REP (Responsabilité Elargie du Producteur) est à saluer en ce sens puisqu’il permet aux éco-organismes qui les mettent en œuvre d’accompagner cette réflexion inclusive d’écoconception, depuis le producteur du futur déchet jusqu’au professionnel du déchet qui devra en gérer la fin de vie.

Éducation et sensibilisation : l’implication des parties prenantes
La sensibilisation et l’éducation à l’économie circulaire sont des piliers de la stratégie de Cycléa. Des campagnes de communication et sensibilisation sont menées pour informer et éduquer le public sur les bonnes pratiques de gestion des déchets, l’importance du tri et les vertus de l’économie circulaire.
Sur le Territoire de l’Ouest de l’île où elle opère le centre de tri des déchets (hors déchets ménagers et organiques) Cycléa a la particularité de maitriser une grande partie de cette chaine de valeur, depuis la médiation et la sensibilisation des citoyens jusqu’au centre de tri final. Ainsi, lorsque la qualité de la matière entrante de la collecte sélective est insatisfaisante en termes de qualité de tri, et conduit à un taux de rejet important au centre de tri, CYCLÉA peut intervenir directement auprès des citoyens afin d’améliorer le tri en mobilisant ses équipes de médiateurs.
La visite du centre de tri, ouverte à tous, s’avère également un élément déterminant dans la compréhension des enjeux relatifs aux déchets en général et aux bonnes pratiques de tri en particulier. Parce qu’on ne fait bien que ce que l’on comprend, visiter leur centre de tri permet aux citoyens, non seulement de se projeter dans leur acte de tri en visualisant le devenir de leurs déchets, mais aussi de comprendre qu’en dépit du développement des technologies de tri, se sont toujours des femmes et des hommes, souvent leurs propres concitoyens, qui sont à la manœuvre. Le respect des consignes de tri est aussi un acte citoyen de respect du travail de ses opérateurs.
Il en est de même pour les opérations de ramassage, effectuées quant à elles par un autre acteur économique. L’expérience a prouvé qu’un ripeur sera d’autant plus efficace et mobilisé dans son métier de collecte des déchets qu’il connaitra les opérations de tri qui suivent la sienne. Et vice versa ! En partenariat avec l’entreprise en charge de la collecte des déchets localement, un dispositif a été créé afin de permettre aux ripeurs de cette société et aux opérateurs de la chaine de tri de CYCLÉA d’échanger mutuellement leurs postes de travail afin de tester et mieux en connaître les contraintes et les difficultés. Baptisé « Devenir expert de la chaine du déchet », ce dispositif permet ainsi non seulement une meilleure associant des différentes parties prenantes sur la chaine de valeur du tri du déchet, mais il a également permis de créer des passerelles inter-métiers et inter-entreprises dans le monde du déchet.
Ainsi, à l’instar du principe général de l’économie circulaire, il s’avère qu’une approche systémique et associant des parties prenantes est un facteur clé de succès.

Collecte sélective et tri des déchets : une approche systémique
Suite logique d’une séparation facilitée des matériaux, le tri sélectif d’une part et la collecte sélective d’autre part, sont des facteurs clés de succès d’une bonne valorisation des déchets.
Une collecte sélective efficace et un tri rigoureux à la source sont essentiels pour maximiser le recyclage.
L’éducation et la sensibilisation évoquées précédemment sont un point clé et sur ce point il convient de souligner que les professionnels des déchets sont parfois confrontés à une problématique différente chez les entreprises par rapport aux particuliers.
Ainsi si les salariés et dirigeants d’entreprises sont aussi par ailleurs des citoyens qui trient leurs déchets à leur domicÎle, il n’est pas rare de constater que le tri en entreprise pourrait être très largement amélioré et que les leviers permettant d’en améliorer la qualité ne sont pas les mêmes qu’avec les particuliers. Si le développement de la RSE a permis de développer le tri des déchets et sa qualité en s’appuyant sur les mêmes leviers de démarches citoyennes, il s’avère encore aujourd’hui que l’aspect économique reste le principal levier permettant d’améliorer le tri des entreprises. Sur cet aspect, les entreprises et le professionnel du déchet partage le même enjeu de rentabilité : un déchet mal trié (« déchet en mélange » par exemple) est un déchet coûteux, soit parce qu’il va nécessiter de la part du prestataire de déchets un tri, parfois manuel, donc coûteux, avec la pénibilité associée pour les opérateurs, soit parce qu’il sera condamné à une fin de vie non valorisée (enfouissement ou incinération), de moins en moins autorisée et de plus en plus coûteuse ! Ces coûts supplémentaires augmentant le prix de revient du traitement pour le gestionnaire de déchets sont donc répercutés sur le prix de vente de la prestation au client qui voit ses charges augmenter.
L’enjeux pour les entreprises est donc tout à la fois écologique et économique : mieux trier ses déchets pour en diminuer le coût et améliorer sa rentabilité mais aussi en diminuer l’impact environnemental et social.

Enjeux spécifiques en milieu insulaire
La gestion des déchets en milieu insulaire présente des défis uniques en raison de l’isolement géographique, des ressources limitées et des écosystèmes fragÎles.
CYCLÉA exerçant ses activités sur le territoire insulaire de l’Île de La Réunion, son retour de 20 ans d’expérience de gestion des déchets est particulièrement intéressant. En effet, parce qu’elle condense les enjeux et les contraintes sur un territoire géographiquement limité, l’insularité met en exergue les problématiques de gestion des déchets, mais aussi les atouts et l’innovation que l’être humain est capable de déployer pour s’adapter à toute contrainte.
Une Île est donc un formidable terrain d’expérimentation de l’économie circulaire où les enjeux sont beaucoup plus prégnants, mais aussi où la capacité à trouver des solutions est souvent ancrée dans la culture, puisqu’historiquement ces territoires ont eu la nécessité de développer une nécessaire résilience et autonomie matérielle. Les dernières décennies, avec le développement des échanges internationaux, tant en volumes qu’en diminution des temps de transport, ont amoindri cette caractéristique. Néanmoins, force est de constater que l’augmentation croissante et inéluctable du coût de l’énergie, la prise de conscience des impacts environnementaux du transport maritime et aérien et la récente pandémie mondiale de COVID 19 ont remis à l’ordre du jour la nécessité de réinventer un modèle insulaire plus responsable et moins dépendant de l’extérieur. C’est vrai pour les intrants, cela le devient aussi pour les extrants.
A noter que l’Île de La Réunion, est le territoire européen, dit « ultrapériphérique », le plus éloigné de l’Union européenne et d’autres pays de l’OCDE, ce qui rend encore plus complexe la gestion de ses déchets conformément au règlement (CE) n° 1013/2006 qui met en œuvre les dispositions de la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination. Cette règlementation interdit les exportations de déchets dangereux vers les pays non-membres de l’OCDE.
Ainsi, faute de filières de valorisation viables en local et compte-tenu des exigences de la Convention de Bâle, après l’emblématique sucre, les déchets produits en local sont le second produit exporté en volume depuis La Réunion vers d’autres pays de l’OCDE en Europe ou en Asie. Un signal faible qui en dit long sur l’enjeu de l’économie circulaire réunionnaise.

Enjeux écologiques
Les îles abritent souvent des écosystèmes sensibles qui sont vulnérables aux pollutions et aux impacts d’une mauvaise gestion des déchets.
Au titre des principaux enjeux écologiques de cette mauvaise gestion des déchets, notamment plastiques, on peut ainsi citer :
- la qualité des eaux et des sols : les décharges sauvages peuvent contaminer les sols, les nappes phréatiques et les sources d’eau douce, affectant la santé des écosystèmes et des populations locales. La permanence des déchets disséminés dans la nature, solides ou microscopiques, voire polluants éternels, poussait ainsi le biologiste Maurice Fontaine à proposer en 1970 le terme de
« molysmocène », ou « poubellocène » pour décrire la nouvelle ère géologique succédant à l’anthropocène, âge géologique marqué par la capacité de l’être humain à modifier les conditions d’existence sur la Terre !
- l’érosion de la biodiversité : la présence de déchets à terre et surtout en mer détruit les habitats
- naturels et menace les espèces endémiques.
- la pollution marine : les déchets plastiques et autres déchets non collectés et triés convenablement peuvent se retrouver dans le milieu marin, affectant la faune marine et les écosystèmes côtiers. Ils sont ingérés par divers organismes marins, des plus petits comme le plancton aux plus grands comme les baleines. Cela peut causer des obstructions digestives, des fausses sensations de satiété et des problèmes de santé divers.
De récentes études pointent également la problématique des microplastiques issus de la fragmentation de déchets plastiques plus grands sous l’effet des rayons ultra-violets, de l’action mécanique des vagues et des courants, et du processus de photo-dégradation. Ainsi relargués dans les milieux aquatiques et intégrant le grand cycle de l’eau, ils posent de réelles interrogations tant environnementales que de santé publique.
Ainsi le phénomène de bioaccumulation et de bioamplification – c’est-à-dire la capacité de certains organismes vivants à accumuler des substances chimiques toxiques présentes dans l’eau – conduit ces toxines à ensuite être transférées à travers la chaîne alimentaire, atteignant potentiellement les humains. Les microplastiques présents dans les produits de la mer peuvent ainsi entrer dans la chaîne alimentaire humaine. Bien que les effets à long terme soient encore largement inconnus, il existe des préoccupations quant aux impacts sur la santé, notamment les troubles hormonaux et les effets cancérogènes des substances chimiques associées aux plastiques.

Enjeux économiques
L’impact économique des déchets en milieu insulaire est largement supérieur à celui en territoires continentaux.
En lien avec les enjeux écologiques précédemment évoqués, deux d’entre eux sont à souligner :
- Les industries de la pêche : la pollution par les microplastiques peut affecter la santé des stocks de poissons et la qualité des fruits de mer, impactant ainsi les industries de la pêche et l’économie locale qui en dépend ;
- L’industrie du tourisme qui est souvent un des principaux moteurs économiques des territoires insulaires : les plages et les sites touristiques pollués peuvent dissuader les touristes. L’effondrement de la biodiversité peut rapidement détruire un patrimoine naturel partie intégrante de l’attractivité du territoire. C’est par exemple un risque pour un territoire comme l’Île de La Réunion reconnu pour sa richesse floristique et faunistique exceptionnelle lui conférant le statut international de « hot spot » de biodiversité, patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 2010.
Le tourisme peut d’ailleurs augmenter considérablement la quantité de déchets produits, nécessitant des stratégies spécifiques de gestion mais aussi de sensibilisation et d’éducation aux pratiques de gestion des déchets en milieu insulaire qui peuvent différer du pays d’origine et conduire à une augmentation du taux de refus des déchets triés. Les territoires de montagne ont depuis longtemps sensibilisé les randonneurs à l’acte de redescendre ses déchets chez soi ; sans aller jusque-là la sensibilisation des touristes pourrait être largement améliorée.
Le foncier disponible sur une île est par définition rare, donc coûteux, ce qui limite la taille et la capacité des infrastructures qui possèdent souvent des capacités limitées pour le traitement des déchets ou leur transformation. Les déchets ou la matière première secondaire doivent donc être transportés vers des installations de traitement continentales, ce qui implique des coûts importants et un impact en termes d’émissions de GES tout aussi important.
L’amélioration des infrastructures existantes et les politiques de promotion d’une économie circulaire en local afin de réduire les coûts à long terme en valorisant les déchets localement, se heurtent ensuite à la viabilité du modèle économique : les équipements sont la plupart du temps importés ce qui augmente les coûts et les investissements nécessaires sont significatifs et se heurtent à des volumes de déchets à traiter relativement faibles au regard des volumes nécessaires à la rentabilité des projets.
Cette problématique d’échelle est paradoxalement un frein majeur car les volumes de déchets produits localement sont souvent insuffisants pour justifier des investissements dans de grandes infrastructures de traitement. C’est le cas pour le traitement des déchets en tant que tel, mais ça l’est aussi pour tous les projets d’investissement visant à développer en local des solutions innovantes de valorisation permettant de transformer et d’augmenter la valeur ajoutée de la matière première secondaire générée et de lui donner une réelle seconde vie en local.
Qui plus est, lorsque ces projets voient le jour, ils se heurtent alors à deux autres freins particulièrement forts à La Réunion :
- Le manque d’industries locales capables de constituer une réelle chaine de valeur solide, depuis la transformation de la matière première secondaire, jusqu’à la fabrication d’un produit fini commercialisable, en passant par toutes les étapes industrielles intermédiaires ;
- Le manque de débouchés commerciaux en local : dans une économie ouverte aux échanges internationaux sans autre « taxe carbone » que le prix de l’énergie du transport, ces produit locaux doivent affronter la concurrence de pays à bas coûts de production sur un marché intérieur réduit en termes de clients potentiels (pour rappel, 850 000 habitants à La Réunion). Quant à l’exportation, elle se heurte à son au coût économique et environnemental du transport qui rend non concurrentiels ces produits.
A ce stade, un enjeu est donc d’investir dans des technologies innovantes de traitement modulaires et évolutives adaptées aux volumes de déchets réduits des îles et d’ouvrir des débouchés. Face à cette réalité, les modèles actuels seraient à adapter à la réalité insulaire en s’orientant vers des modèles économiques plus coopératifs car l’écologie industrielle et territoriale à l’échelle du territoire insulaire peut rapidement trouver ses limites et devrait idéalement être étendue à l’échelle régionale.
La coopération régionale devrait permettre d’établir des accords de coopération entre les îles voisines et l’Afrique de l’Est pour mutualiser les ressources et les infrastructures de traitement des déchets, réaliser des économies d’échelle par la centralisation de certaines opérations de traitement dans des hubs régionaux desservant plusieurs Territoires. Passer d’un gisement de déchets généré par un équivalent de 860 000 habitants à celui un gisement de 80 Millions d’habitants couvrant la façade sud indo-océanique constituerait un changement de paradigme majeur. Il serait propice à des solutions techniquement, économiquement et écologiquement vertueuses donnant un véritable sens à l’économie circulaire et favorisant notamment le co-développement.
Dans le cas de La Réunion cette coopération au sein de la région du Sud Est de l’Océan Indien, avec l’Île Maurice distante de seulement 230 km et les autres Îles de Madagascar, des Comores et des Seychelles, est rendue impossible par la convention de Bâle, ces Etats n’étant pas membres de l’OCDE. Exporter et même importer des déchets de ces Etats voisins, afin d’avoir le gisement de déchets nécessaire à la viabilité économique de certains projets d’économie circulaire est donc impossible. Le coût environnemental en termes d’émissions de GES et le coût économique de la gestion des déchets est donc très important.
Comme cela a été évoqué, l’Union européenne permet à la règlementation de s’adapter à la réalité de territoires comme La Réunion, considérés comme « ultrapériphériques ». C’est par exemple le cas avec la politique énergétique, différente de celle que l’on peut connaitre dans l’Hexagone avec une Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) spécifique aux zones dites « non-interconnectée ». Pourquoi n’en serait-il pas de même avec les déchets ? Il faudrait néanmoins aller plus loin pour adapter le statut règlementaire actuel de ces départements français insulaires à la réalité économique, environnementale et donc sociale qui est la leur face à l’urgence climatique et environnementale, car la réalité et les enjeux du milieu de XXème siècle n’est plus celle d’aujourd’hui et encore moins de demain !
En conclusion, la perspective de Cycléa sur la gestion des déchets, tant à l’échelle générale qu’en milieu insulaire, met en avant une approche intégrée et durable. En combinant innovation technologique, éducation, et coopération régionale, il est possible de relever les défis posés par la gestion des déchets et de progresser vers une économie circulaire plus résiliente et respectueuse de l’environnement.

.
En savoir plus







