Les micro-algues, une voie d’avenir ? Entretien avec Fermentalg, pionnier français de la biotechnologie bleue - Fermentalg
Avec son adhésion au Pacte mondial des Nations Unies en décembre 2024, Fermentalg affirme son engagement en faveur des Objectifs de développement durable (ODD). L’entreprise, créée en 2009, place sa mission dans une approche “One Health” – une seule santé, qu’elle soit humaine, animale ou environnementale. Rencontre avec Adeline Lapendrie, responsable de site et coordinatrice RSE, et Marie-Jeanne Fallourd, directrice marketing & produits.
Vous produisez des micro-algues ? À quoi servent-elles ?
« Les micro-algues sont des micro-organismes aquatiques, parmi les premiers êtres vivants apparus sur Terre. Elles auraient contribué à la formation de la couche d’ozone en produisant de l’oxygène par photosynthèse. Résilientes, elles existent depuis des milliards d’années. Chez Fermentalg, nous avons plus de 2 500 souches cryo-préservées. Nous ne les exploitons pas de manière intensive. Il suffit d’une seule tasse de micro-algues prélevée dans la nature, que nous sélectionnons et cultivons ensuite en fermentation, à l’image des levures. On les nourrit, on les fait croître, on les lave, puis on extrait de manière naturelle leurs molécules d’intérêt » explique Adeline Lapendrie.« Nous avons sélectionné la microalgue Schizochytrium sp., très riche en DHA, un oméga-3 essentiel. Elle a été récoltée une seule fois dans la nature à Mayotte, selon les principes du protocole de Nagoya, et conservée dans nos laboratoires. Nous cultivons les cellules dans des conditions contrôlées pour favoriser l’accumulation de lipides et obtenir une huile riche en DHA très stable, que nous commercialisons en BtoB » ajoute Marie-Jeanne Fallourd.

Micro-algues et macro-algues : quelles différences ?
Les micro-algues sont des micro-organismes unicellulaires. Fermentalg les cultive en environnement maîtrisé. Elles sont utilisées pour produire des molécules d’intérêt à haute valeur ajoutée comme les oméga-3.
Les macro-algues, comme les algues brunes, rouges ou vertes, sont pluricellulaires, visibles à l’œil nu, et souvent récoltées directement en mer ou cultivées. Leurs usages sont plus traditionnels : alimentation humaine, fertilisants agricoles, gélifiants ou emballages biosourcés.
Fermentalg ne travaille qu’avec les micro-algues, pour leur potentiel biotechnologique et leur compatibilité avec une production durable, traçable et indépendante des ressources marines.
À l’approche de l’UNOC 3 (3e Conférence des Nations Unies sur l’Océan), pensez-vous que les micro-algues sont une solution pour réduire notre impact sur les écosystèmes marins ?
« Les micro-algues constituent une alternative crédible, mais pas une solution unique pour apporter des besoins nutritifs essentiels. Nos huiles riches en oméga-3 évitent la pêche industrielle : 1 tonne d’huile algale issue de nos micro-algues, c’est 44 tonnes d’anchois sauvés dans l’océan », ajoute Adeline Lapendrie.« Aujourd’hui, 90 % des oméga-3 consommés proviennent des poissons. Pourtant, ces derniers ne les synthétisent pas : ils les puisent dans le plancton. En cultivant directement les micro-algues, on simplifie le processus (4 étapes au lieu de 9 pour les huiles de poisson), on limite les contaminations (mercure, microplastiques…), et on préserve les stocks halieutiques, d’autant plus fragilisés par le réchauffement climatique », précise Marie-Jeanne Fallourd.
Nos huiles riches en oméga-3 évitent la pêche industrielle : 1 tonne d’huile algale issue de nos micro-algues, c’est 44 tonnes d’anchois sauvés dans l’océan
– Adeline Lapendrie

Vos procédés de fabrication respectent-ils l’ODD 9, dédié à l’industrie durable et à l’innovation ?
« Oui, c’est même un axe fort de notre stratégie. Depuis 2023, nous travaillons avec HuvePharma, notre partenaire industriel qui produit notre huile et qui utilise 25 % d’énergie renouvelable – avec un objectif à 100 % d’ici 2030. Nous avons aussi revu notre chaîne de production pour la centraliser et réduire notre empreinte carbone. La production est 100 % européenne.
Nous réalisons notre bilan carbone depuis trois ans, et avons entamé une analyse du cycle de vie (ACV) complète. Nos déchets résiduels sont étudiés pour une valorisation, notamment en méthanisation pour produire du biogaz, qui nous sert dans notre production. Notre service R&D explore également d’autres usages pour ces coproduits. En 2024, nous avons obtenu la médaille Ecovadis Gold, ce qui valide la solidité de notre démarche RSE », poursuit Adeline.« Fermentalg est une entreprise bâtie sur trois piliers : la sagesse du vivant, l’intelligence collective, et l’esprit d’entreprendre. Nous avons inscrit notre raison d’être dans nos statuts, sans pour autant chercher le label “entreprise à mission”. Nous préférons que cela se traduise dans nos actions quotidiennes. »

Fermentalg et les ODD
Fermentalg s’est approprié les Objectifs de développement durable (ODD) à travers un programme interne. Chaque salarié a été invité à choisir un ODD pour développer des actions concrètes dans l’entreprise. Parmi les ODD directement soutenus par Fermentalg : l’ODD 3 – Bonne santé et bien-être : avec les compléments alimentaires riches en oméga-3 ; l’ODD 9 – Industrie, innovation et infrastructure : avec leur modèle de production durable ; l’ODD 13 – Lutte contre le changement climatique : à travers leur bilan carbone et leur participation à CarbonWorks, une start-up qui capte le CO₂ grâce aux micro-algues ; l’ODD 14 – Vie aquatique : en limitant la surpêche.
Les applications multiples des micro-algues : nutrition, cosmétique, pet care…
« Nous sommes présents sur quatre marchés : les compléments alimentaires (capsules, soft gels, comprimés, sticks), les laits infantiles (le DHA est obligatoire dans les laits infantiles en Europe pour le développement cérébral et visuel), l’alimentation fonctionnelle (barres de céréales et laits enrichis), et le pet food (croquettes enrichies et compléments alimentaires en oméga-3 pour les articulations, la peau, la vision…) » nous explique Marie-Jeanne Fallourd. « Nous développons aussi une autre souche de micro-algue, la Galdieria sulphuraria, qui produit de la phycocyanine, un pigment bleu naturel, capable de remplacer des colorants synthétiques pétro sourcés et connu pour ses propriétés antioxydantes. Stable et prometteur, ce pigment peut être utilisé en cosmétique et pourrait jouer un rôle dans les soins anti-âge. Nous sommes en phase pré-commerciale, en attente des autorisations réglementaires. »









