Numérique à impact : la mission de Sigma  - Sigma

Alors que la loi Pacte de 2019 stipule que toute entreprise doit prendre en considération les enjeux environnementaux et sociétaux de ses activités, comment le secteur du numérique, en pleine croissance, avec l’arrivée de l’IA notamment, peut-il proposer des solutions responsables ? Sigma fait partie des grandes entreprises du numérique à devenir entreprise à mission. Thierry Soulard, directeur RSE chez Sigma et président du comité de mission, nous éclaire sur cet engagement à devenir pionnier du numérique à impact. 

Sigma est devenue entreprise à mission en 2023. Comment une entreprise du numérique fait de l’impact une de ses missions alors que le numérique occupe une place toujours plus grande dans les émissions de GES ?

Sigma, entreprise familiale du numérique créée en 1972, est aujourd’hui structurée autour de 5 principales activités : l’édition et l’intégration de logiciels, les solutions sur mesure, la data valorisation, le cloud, la cybersécurité. Le numérique n’est pas le même aujourd’hui qu’il y a 50 ans, vous imaginez bien. Mais l’humain a toujours été au cœur de l’activité avec un dirigeant engagé depuis longtemps sur les sujets sociaux et environnementaux.

Tout s’est accéléré dans les années 2000 : en 2009, avec les sociétés de la Chapelle-sur-Erdre où le siège social est situé, nous avons monté une association dont l’objet social est le développement durable. En 2015, l’entreprise a commencé la labellisation Lucie, alignée sur la norme ISO 26 000, puis adhéré au Pacte mondial en 2017. En 2019, Sigma ouvre son capital aux collaborateurs et en 2021, elle s’est engagée dans la démarche Act pas à pas proposée par l’ADEME pour mettre en œuvre sa stratégie de décarbonation

Nous avons beaucoup travaillé sur nos impacts mais nous souhaitions aller un cran au-dessus et inscrire dans nos statuts une véritable mission qui contribue positivement à la société et à l’environnement. C’est ainsi qu’en 2023, Sigma est devenue entreprise à mission avec pour raison d’être « Apporter à notre écosystème des solutions numériques qui contribuent à un futur désirable dans lequel chacun et chacune trouve sa place ». On y retrouve la dimension humaine qui fait partie de l’ADN de Sigma. 

Cette raison d’être est associée à 4 objectifs principaux : 

  • Agir pour la préservation de la planète et du vivant dans nos pratiques
  • Favoriser une expérience humaine différenciante et inclusive en interne et avec tout notre écosystème
  • Fournir des solutions sobres et innovantes pour améliorer l’impact de nos clients
  • Contribuer à une économie régénérative en transformant nos modèles économiques

Si la raison d’être est le fruit d’une réflexion du comité de direction, elle a ensuite été soumise aux collaborateurs afin de savoir s’ils étaient à l’aise avec sa définition et la décliner sous forme d’objectifs et de sous-objectifs, qu’on appelle en interne « déclinaisons ».

Apporter à notre écosystème des solutions numériques qui contribuent à un futur désirable dans lequel chacun et chacune trouve sa place.

Thierry Soulard

Entreprise à mission : 

La loi Pacte (2019) relative à la croissance et à la transformation des entreprises introduit l’entreprise à mission qui déclare publiquement sa raison d’être ainsi qu’un ou plusieurs objectifs sociaux et environnementaux qu’elle poursuivra dans le cadre de son activité. Ces éléments doivent être inscrits dans les statuts de l’entreprise et sont contrôlés par un Organisme tiers indépendant (OTI) accrédité, 18 mois après la publication de la Déclaration de la qualité de société à mission au Registre du commerce et des sociétés pour les entreprises de plus de 50 salariés, puis tous les 2 ans.

Quelle organisation avez-vous mise en place pour mettre en œuvre les actions et suivre l’avancée de la mission ?

La première étape a été de définir les objectifs 2026 en lien avec notre stratégie d’entreprise. À partir de là, nous avons fixé des jalons et des plans d’action pour les atteindre ainsi que des indicateurs de suivi pour évaluer nos actions

Après la déclaration officielle de notre raison d’être, nous avons entamé la phase opérationnelle. Les « déclinaisons » ont été confiées à un binôme du CODIR élargi. Ils animent un réseau de 200 collaborateurs volontaires et des experts qui contribuent à définir le plan d’actions nécessaires à la réalisation de leur déclinaison.

Plusieurs instances coordonnent la mission : un Codir élargi (les managers des managers) pilote les objectifs de mission. Le comité de pilotage de l’entreprise à mission, qui se réunit toutes les 6 semaines, suit la transversalité des actions réalisées. Le comité de mission, lui, se réunit 3 fois par an. Il est composé de 10 personnes dont 3 externes : Vincent Courboulay, chercheur à l’Université de La Rochelle et fondateur de l’Institut du Numérique Responsable (INR) ; Anaïs Vivion, fondatrice de Beapp et présidente de la French Tech à Nantes et Julien Paul, DG d’Habitat Réuni. Le comité de mission se porte garant de l’avancée de la mission et du rapport de mission réalisé en fin d’année qui sert de base à l’organisme tiers indépendant pour l’audit. Il est aussi force de proposition concernant les actions.

Dans votre raison d’être, vous évoquez des solutions numériques qui contribuent à un futur désirable. Qu’entendez-vous par là ?

Nous travaillons à des solutions numériques autour de 3 déclinaisons majeures : 

  • Proposer des offres sobres en carbone : cela suppose de définir ce qu’est une offre sobre en carbone, de savoir comment on la note ? Comment on l’évalue ?  Nous avons développé une offre de mesure de l’impact carbone des solutions d’hébergement et nous travaillons aussi actuellement sur l’impact des logiciels. 
  • Placer l’éco-conception comme socle culturel :  nous avons travaillé à partir d’un référentiel, le GR 491 qui est le guide de référence de conception responsable des services numériques. Nous avons sélectionné une centaine de mesures sur les 516 critères du référentiel pour les mettre en place dans l’intégralité de nos solutions en 2024, puis nous en rajouterons progressivement. Nous avons monté aussi un dispositif de formation obligatoire à l’éco-conception, du développeur aux fonctions support. L’objectif en 2026 est d’avoir 40 % des solutions éco-conçues.

Développer l’IT for green : l’objectif est d’axer nos nouvelles solutions sur leurs impacts positifs. Le Green IT est la création de solutions numériques qui sont sobres, l’IT for green est le développement de solutions au service de l’environnement. Il modifie donc le modèle d’affaires.

Pour vous, la formation au numérique responsable et l’accompagnement sont-ils indispensables ?

En interne, nos collaborateurs sont plus que sensibilisés à l’impact du numérique. Ils ont tous bénéficié d’une formation à la Fresque du Numérique qui permet de mieux comprendre l’impact global du numérique sur l’environnement. Ils peuvent aussi passer par une formation ad hoc spécialisée en fonction des métiers. Mais, il faut encore poursuivre la formation au numérique responsable, donner des éléments de langage. De quoi parle-t-on quand on évoque le “numérique responsable”?

Les clients et fournisseurs qui le souhaitent peuvent également bénéficier d’une animation de la Fresque du Numérique. Pour aller plus loin, nous proposons à nos clients un parcours de sensibilisation au numérique responsable qui s’effectue sur 12 mois et nous les accompagnons également en amont sur leurs projets de conception afin qu’ils répondent aux besoins précis en limitant les externalités négatives. L’objectif est de produire ce qui est utile, utilisé, utilisable. Nous sommes donc dans une démarche de conseil.
Les clients, surtout les collectivités territoriales, sont déjà sensibles à ces sujets. Quant aux entreprises, la CSRD les obligera à terme à mesurer les impacts du numérique dans leur chaîne de valeur.

L’objectif est de produire ce qui est utile, utilisé, utilisable.

Thierry Soulard

Quelles sont vos prochaines étapes pour réaliser votre mission ?

Nous souhaitons aller vers l’entreprise régénérative à la fois pour l’environnement en limitant les besoins en ressources, et aussi au niveau social en permettant à nos collaborateurs d’avoir un équilibre vie privée/vie professionnelle, en leur apportant de nouvelles compétences. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Nous nous donnons un cap avec l’entreprise à mission. Cela signifie aussi que nous devons parfois choisir de renoncer à certains fournisseurs ou à certaines demandes des clients qui ne rentreraient pas dans notre mission. 

Nous continuons par ailleurs notre démarche de labellisation mais cette fois plus ciblée, avec par exemple la labellisation numérique responsable niveau 2 et la labellisation relations fournisseurs et achats responsables.

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