26 novembre 2025

Retour sur la COP30 : Après Belém : quel avenir pour la gouvernance climatique ? 

Ce samedi 22 novembre marquait la clôture de la COP30 à Belém, au Brésil, après deux semaines de négociations centrées sur la lutte contre les changements climatiques. Cette Conférence des Parties marquait les 10 ans de l’Accord de Paris, et se devait d’être un tournant dans l’accélération de la mise en œuvre des objectifs climatiques. Présent durant ces deux semaines, le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France aura animé plusieurs évènements de haut niveau, pour évoquer l’importance du secteur privé dans la mise en œuvre de solutions de lutte contre les changements climatiques.  

Un accord trouvé par les Parties, mais en deçà des ambitions attendues 

Statu quo sur la sortie des énergies fossiles 

Alors que la COP28, qui s’était tenue il y a deux ans à Dubaï avait permis d’aboutir à accord faisant explicitement mention des énergies fossiles, ce n’est pas le cas du texte final sur lequel se sont accordés les Parties samedi dernier lors de la session de clôture de la COP30. Une absence regrettée par de nombreuses Parties, notamment la France et plus largement l’Union Européenne.  

En réponse à ces réactions, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva a soutenu la mise en place d’une « feuille de route » pour sortir des énergies fossiles, soutenue par plus de 80 pays. Si aucune date butoir n’est proposée, ce projet n’en constitue pas moins le premier jalon d’une ambition mondiale. 

Pour une sortie efficace des énergies fossiles, la production mondiale d’énergies renouvelables se devra également de franchir des nouveaux paliers. Si celle-ci a atteint des records, elle demeure insuffisante pour atteindre les objectifs fixés durant la COP28, qui requièrent de doubler la capacité actuelle d’ici 2030. Les investissements actuels dans les énergies renouvelables restent encore trop faibles. Bien qu’ils se soient élevés à 624 milliards de dollars en 2024, atteindre les objectifs nécessite de les porter à 1 400 milliards par an jusqu’à 2030. 

Bien que nous soyons pour la première fois en train de faire baisser la courbe des émissions responsables du réchauffement climatique, les efforts actuels restent encore loin d’être suffisants, a ainsi souligné Simon Stiell, Secrétaire exécutif de l’UNFCC. L’état actuel des plans climatiques nationaux proposés par les Parties entraînerait une baisse des émissions de gaz à effet de serre d’environ 10 % d’ici 2035, mais à l’inverse, le GIEC estime que les émissions doivent baisser de 60 % par rapport à 2019 pour atteindre l’objectif de 1,5°C. 

Parmi les principaux engagements de l’accord, celui-ci prévoit le triplement du financement de l’adaptation aux changements climatiques d’ici à 2035. Une mesure historique pour soutenir les populations les plus vulnérables, qui sont les moins responsables du changement climatique mais les plus touchées par ses conséquences. 

L’accord entérine également la création du Mécanisme de Belém pour une transition mondiale juste : un nouvel instrument destiné à aider les pays à garantir une transition vers des économies durables, justes et inclusives.  

Un accord qui marque tout de même une victoire pour le multilatéralisme 

Bien que l’accord ne reflète pas pleinement l’urgence des enjeux de lutte contre les changements climatiques, ni les ambitions attendues, il illustre tout de même la capacité des 197 États Parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques à aboutir à un consensus mondial. À l’heure où le multilatéralisme se doit de trouver un souffle nouveau, comme souligné par la 80e Assemblée générale des Nations Unies en septembre, cet accord montre donc la volonté de l’ensemble des Parties à faire avancer la gouvernance climatique mondiale.  

L’alliance des petits États insulaires ou côtiers, rassemblant 39 pays particulièrement vulnérables au changement climatique, a notamment qualifié l’accord « d’imparfait, mais nécessaire pour le progrès ». 


Le Pacte mondial des Nations Unies durant la COP30 : réaffirmer le rôle central du secteur privé et des chaines de valeur 

À Paris : poser l’agenda scientifique et territorial  

En amont de la COP30, le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France a animé une séquence stratégique à Paris, articulant une journée pré-COP à l’Hôtel de Roquelaure (5 novembre) et un temps fort dédié aux océans (12 novembre) organisé avec Entreprises pour l’Environnement (EpE). Introduite par des figures clés telles que Brice Huet (DGEC), Jean Jouzel (GIEC), Ronan Dantec (Climate Chance), Bettina Laville (Comité 21) et Sanda Ojiambo (UN Global Compact) et organisée avec nos partenaires Comité 21, AFNU, Climate Chance et l’Institut Open Diplomacy, la journée a rappelé combien la mobilisation des acteurs non étatiques demeure indispensable pour maintenir le cap fixé par l’Accord de Paris. Cet évènement pré-COP a rassemblé scientifiques, collectivités, entreprises et société civile pour tirer les enseignements d’une décennie d’action depuis cet Accord et pour rappeler l’impératif de passer de la promesse à la preuve : articuler adaptation et atténuation, restaurer la confiance entre Parties prenantes et faire des territoires les leviers opérationnels de la transition.  

La session Océans, quant à elle, a prolongé ces enjeux en mettant en évidence le rôle central du secteur privé dans la gouvernance bleue (finance, décarbonation des filières maritimes, lutte contre le plastique et mise en œuvre du traité BBNJ) et en préparant l’agenda international (COP Océan 2026, UNOC4). Avec la participation d’acteurs comme Erik Giercksky (UNGC) et Flore Latournerie (MEAE), Paris a ainsi posé une feuille de route pragmatique : intégrer l’action océanique dans les stratégies climat des entreprises et mobiliser des financements ciblés pour une économie bleue résiliente. 

À Rio de Janeiro : traduire la coopération internationale en impact local 

Notre journée à Rio (10 novembre) a permis d’approfondir le dialogue Sud–Nord autour des défis spécifiques de la région amazonienne : déforestation, gestion de l’eau, mobilité durable et transition énergétique, et de mettre en lumière des solutions concrètes portées par le secteur privé. En ouverture, les interventions de Florent Menegaux, Président de Michelin et du Pacte mondial de l’ONU – Réseau France, Céline Hervieu, Députée et Présidente du groupe d’amitié France-Brésil et Eric Tallon, Consul Général de France à Rio de Janeiro, ont rappelé la centralité du Brésil, à la fois « poumon climatique » et acteur diplomatique majeur, et l’importance des partenariats internationaux pour traduire les engagements en investissements durables.  

Le premier panel, consacré à la mise en œuvre locale des ambitions globales, a réuni Sandrine Bouttier-Stref (Sanofi), Giliane Coeurderoy (Crédit Agricole CIB) et Alexandre Laurent-Lasheras (Service économique régional de Brasília). De la création du premier Amazonian social bond, un instrument « qui associe les communautés locales et les entreprises dans la lutte contre la déforestation », selon Giliane Coeurderoy,  à l’appel d’Alexandre Laurent-Lasheras à adapter les cadres réglementaires, les intervenants ont montré que la performance durable repose sur des partenariats territoriaux solides. Comme l’a résumé Sandrine Bouttier-Stref : « Le développement durable n’est pas une option mais une condition de performance et de résilience. » 

Le second panel avec Gabriela Crego (Swile), Isabelle Spiegel (VINCI), Sue Phillips ACC (Ipsos) et Fernando Medina (EDF Power Solutions Brazil), a mis en avant la CSRD comme un véritable levier de coopération entre l’Europe et le Brésil. Tous ont souligné que l’intégration des pratiques ESG doit s’ancrer dans la culture d’entreprise, et que la réglementation européenne peut devenir un moteur d’innovation à condition d’être accompagnée d’un dialogue étroit avec les filiales et fournisseurs locaux. 

À Belém : amplifier la voix du secteur privé sur les pavillons OIF, France et UNGC 

À Belém, du 11 au 18 novembre, le réseau a porté une série d’interventions sur les Pavillons de la Francophonie (OIF), de la France et du Pacte mondial des Nations Unies, réaffirmant un point central de l’agenda climatique : la transformation systémique des chaînes de valeur constitue désormais l’un des déterminants majeurs de la mise en œuvre de l’Accord de Paris. 

Le 11 novembre, un premier panel consacré au nexus genre–climat, avec Maddy Gilbert (CFE-CGC) et Charlotte Saint-Arroman, (ONU Femmes France) a démontré que l’inclusion effective des femmes dans les processus décisionnels n’est pas un enjeu périphérique mais un levier de résilience organisationnelle, d’innovation et d’anticipation des risques. L’analyse des impacts différenciés du changement climatique selon le genre a rappelé la responsabilité des entreprises dans la réduction structurelle de ces asymétries. 

Le 15 novembre, un second panel au Pavillon de la Francophonie, réunissant Nils Pedersen, Paula Benassuly Arruda (CREDA-IHEAL) et Guillaume Flo’ch (Groupe Nutriset), a mis en évidence le rôle stratégique des écosystèmes forestiers dans la stabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales. L’exigence de traçabilité, la sécurisation des filières locales et la rémunération juste ont été identifiées comme des conditions nécessaires à la durabilité économique : « protéger la forêt, c’est protéger la vie ».  

Les 13 et 14 novembre, quatre panels réunis sous l’impulsion des réseaux européens du Pacte mondial ont permis d’analyser les leviers structurants du leadership climatique des entreprises : déploiement de plans de transition crédibles, intégration de l’adaptation comme pilier stratégique, gouvernance climatique renforcée et transformation du Scope 3. Simon Allain (ACT – ADEME) a rappelé que « les co-bénéfices d’une trajectoire ambitieuse sont désormais documentés », soulignant l’importance d’une convergence méthodologique entre acteurs économiques, financiers et publics. 

Le 18 novembre, l’événement co-organisé avec l’Iddri, EpE et le Haut Conseil pour le Climat a rassemblé, sous la modération de Marta Torres Gunfaus, Jean-François Soussana, Laurence Tubiana, Timothée Macé Dubois, Catherine Chazal et Nils Pedersen. Les échanges ont réaffirmé quatre impératifs structurants : 

  • sortie accélérée des énergies fossiles, 
  • CDN renforcées et alignées sur les trajectoires scientifiques, 
  • intégration systématique de la science dans les décisions économiques, 
  • hausse significative des flux financiers orientés vers la transition et l’adaptation. 

Les entreprises ont également démontré leur rôle moteur : AXA a confirmé une réduction de 40 % de ses émissions financées depuis 2015 ; Schneider Electric a souligné la nécessité de « coalitions de coalitions » pour accélérer l’alignement sectoriel ; et 94 des 119 entreprises françaises engagées dans l’initiative SBTi sont membres du Pacte mondial, attestant de la dynamique collective à l’œuvre. 

Au terme de cette séquence, un message converge : sans articulation solide entre science, gouvernance économique et coopération internationale, l’ambition climatique restera inopérante. 
À Belém, cette convergence a pris forme, illustrant que la transition ne relève plus du déclaratif, mais d’un réel changement de paradigme dans la structuration des chaînes de valeur et des modèles économiques. 

Après ce cycle d’évènements entre Paris, Rio et Belém, le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France poursuit la réflexion avec un temps fort : la table ronde “Après Belém : quel avenir pour la gouvernance climatique ?”, organisée le 26 novembre à la Maison du développement durable. Rémi Bussac (EDF), Mathilde Lebon (Institut Open Diplomacy), Felipe Franco (Air France-KLM) et Céline Coulibre-Dumenil, Directrice du développement durable, REXEL, reviendront sur les enseignements de la COP30, les défis géopolitiques qui s’intensifient, et la place stratégique des entreprises dans la mise en œuvre d’une transition juste, crédible et alignée avec la science. Un moment essentiel pour transformer l’expérience de terrain, de Paris aux pavillons de Belém, en boussole collective pour l’action climatique des prochaines années. 

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