Sobriété, innovation et engagement collectif au service de la transition bas carbone - B&B hotels
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Face à l’urgence climatique, le secteur hôtelier est appelé à repenser en profondeur ses modèles. Chez B&B Hotels, cette transformation est portée par une stratégie RSE structurée et ambitieuse. À travers son engagement au Pacte mondial de l’ONU et des objectifs alignés sur la science, le groupe trace une trajectoire concrète vers la décarbonation. Interview de Sophie Donabedian, Chief Sustainability Officer de B&B Hôtels.
Un cadre structurant pour accélérer la stratégie climat
L’adhésion de B&B Hotels au Pacte mondial des Nations unies en 2023 a marqué un tournant décisif dans la structuration de sa démarche RSE. Si des initiatives existaient déjà, la stratégie RSE n’était pas écrite. Le Pacte mondial a permis de poser des fondations solides, en offrant un cadre de référence reposant sur les 17 Objectifs de développement durable (ODD) et les Dix principes du Pacte mondial des Nations Unies.
Cette adhésion au Pacte mondial a joué un rôle de catalyseur, en donnant de la cohérence aux actions menées et en facilitant leur pilotage. Il a également permis au groupe de bénéficier d’un écosystème d’échanges, à travers des ateliers, conférences et groupes de travail. Pour Sophie Donabedian, cette dynamique collective est essentielle pour progresser, partager les bonnes pratiques et faire émerger des solutions adaptées aux enjeux du secteur.
Des objectifs climatiques alignés avec la science
La stratégie de décarbonation de B&B Hotels repose sur des objectifs validés par l’initiative Science Based Targets (SBTi), gage de crédibilité et de robustesse. Fin 2024, le groupe a ainsi validé une trajectoire ambitieuse : réduire de 50 % ses émissions sur les scopes 1 et 2 d’ici 2030, et de 27 % sur le scope 3.
Ces objectifs s’inscrivent dans une trajectoire compatible avec un réchauffement limité à 1,5°C pour les émissions directes (scopes 1 et 2), et inférieure à 2°C pour les émissions indirectes (scope 3). Une ambition particulièrement significative pour un groupe disposant d’un important parc immobilier hôtelier, où les enjeux énergétiques sont centraux.
Le bilan carbone du groupe met en évidence les principaux postes d’émissions : l’énergie représente 34 % du total, suivie par la blanchisserie (17 %), le petit-déjeuner (12 %) et les équipements/mobiliers (8 %). À eux seuls, ces quatre postes concentrent plus de 70 % de l’empreinte carbone, orientant ainsi les priorités d’action.
Fin 2024, le groupe a ainsi validé une trajectoire ambitieuse : réduire de 50 % ses émissions sur les scopes 1 et 2 d’ici 2030, et de 27 % sur le scope 3.
– Sophie Donabedian
Une feuille de route opérationnelle, entre sobriété et innovation
Pour atteindre ses objectifs, B&B Hotels déploie une feuille de route pragmatique, articulée autour de la sobriété énergétique, de la transition vers les énergies renouvelables et de l’optimisation des opérations. Le positionnement « value for money » du groupe constitue un atout : absence de spa ou de piscine, équipements rationalisés, autant de choix qui limitent naturellement les consommations énergétiques.
Sur le plan énergétique, le groupe mise sur la réduction des consommations et la décarbonation des sources d’énergie, avec un objectif de 90 % d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2030 (contre 77 % aujourd’hui). Toutefois, cette transition est complexifiée par la croissance rapide du réseau et l’acquisition régulière de nouveaux établissements.
Sur le scope 3, les actions portent notamment sur la chaîne d’approvisionnement et les services. La blanchisserie fait l’objet d’une optimisation fine (réduction des volumes de linge), tandis que le petit-déjeuner évolue vers une offre plus durable.
Sur le plan énergétique, le groupe mise sur la réduction des consommations et la décarbonation des sources d’énergie, avec un objectif de 90 % d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2030 (contre 77 % aujourd’hui).
– Sophie Donabedian
Climatisation : un angle mort de l’adaptation climatique dans l’hôtellerie
Longtemps perçue comme un standard de confort incontournable, la climatisation devient aujourd’hui un enjeu critique d’adaptation au changement climatique. Dans certaines zones, les équipements actuels atteignent déjà leurs limites : au-delà de 42°C, de nombreux systèmes ne fonctionnent plus de manière optimale.
Pour les clients, un hôtel est pourtant, par définition, un lieu climatisé. Ce décalage entre attentes et réalités techniques crée une tension croissante. Lors des épisodes de canicule, certains établissements – y compris en région parisienne – font face à des défaillances de leurs systèmes, générant des retours clients très négatifs.
Ces situations, encore perçues comme marginales, illustrent pourtant des signaux faibles que les équipes terrain vivent déjà au quotidien. Elles interrogent la capacité du secteur à anticiper des conditions climatiques extrêmes et à repenser les standards de confort dans un monde en réchauffement.
Des défis structurels, mais des leviers d’engagement à activer à tous les niveaux
Malgré ces avancées, la décarbonation du secteur hôtelier se heurte à plusieurs obstacles. Le premier est opérationnel : les solutions conçues au siège doivent être déployables sur le terrain, dans des contextes très variés. Le second est financier : certains investissements, notamment dans la rénovation énergétique, nécessitent des montants importants et des opérations à planifier en site occupé sans perturber l’expérience client.
Dans ce contexte, l’un des défis majeurs réside dans la mobilisation de l’ensemble des parties prenantes : propriétaires, exploitants, fournisseurs, collaborateurs et clients. Chacun détient une part de la solution, mais aussi ses propres contraintes.
Côté clients, l’engagement reste particulièrement délicat. Leur séjour est court — souvent une ou deux nuits — et les préoccupations économiques ou personnelles peuvent reléguer les enjeux environnementaux au second plan. Pour y répondre, B&B Hotels privilégie des dispositifs simples, concrets et incitatifs : extinction automatique des équipements, limitation du renouvellement du linge avec les pochons scellés ou encore approches ludiques comme les « challenges douche », qui invitent à réduire sa consommation d’eau. Cette logique de gamification, perçue comme non culpabilisante, suscite des retours positifs et favorise une adhésion progressive.
Du côté des collaborateurs, l’enjeu est tout aussi structurant. Le groupe mise sur la sensibilisation et la formation, à travers des formats adaptés aux contraintes opérationnelles : modules courts, vidéos pédagogiques ou outils visuels facilement appropriables. L’objectif est d’ancrer les bons réflexes dans le quotidien des équipes, sans alourdir leur charge de travail.
Cette logique de gamification, perçue comme non culpabilisante, suscite des retours positifs et favorise une adhésion progressive.
– Sophie Donabedian
Un point d’attention particulier concerne les équipes opérationnelles, notamment les femmes de ménage. Par souci de qualité de service et pour éviter toute réclamation, celles-ci ont tendance à renouveler systématiquement le linge, même lorsque cela n’est pas nécessaire. Faire évoluer ces pratiques suppose un véritable changement de pratiques durables, qui ne peut se faire sans un travail de pédagogie et de formation. Ce défi est d’autant plus important que les équipes sont souvent multiculturelles, avec parfois des barrières linguistiques : la simplicité des messages et leur dimension visuelle deviennent alors essentielles.
Enfin, l’engagement des fournisseurs constitue un levier déterminant, en particulier sur les postes les plus émetteurs comme la blanchisserie, le petit-déjeuner ou les équipements. B&B Hotels travaille à embarquer progressivement sa chaîne de valeur dans une trajectoire de décarbonation, en favorisant la co-construction, l’innovation et l’alignement des pratiques. Cette dynamique collective reste toutefois conditionnée par la maturité des filières et leur capacité à répondre aux exigences de volume, de logistique et de coût.
Ainsi, plus qu’un enjeu purement technique, la décarbonation de l’hôtellerie apparaît comme un défi systémique, qui repose sur la capacité à embarquer durablement l’ensemble de son écosystème.
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