IePAD : Des solutions locales pour une transition collective au sein d’un parc d’activités - Armor group

Au sud de Nantes (France), une association regroupant 12 entreprises sur un même parc d’activités se mobilise depuis 2011 pour transformer leurs pratiques afin de renforcer leur ancrage local et réduire leur empreinte sur leur environnement. Récit d’une transition d’un site industriel avec Pierre Lavoix, animateur de l’association IePAD.

PIERRE, VOUS ÊTES CHARGÉ DE MISSION RSE POUR LE GROUPE ARMOR, MEMBRE DU PACTE MONDIAL DES NATIONS UNIES, L’ENTREPRISE LA PLUS IMPORTANTE DU PARC D’ACTIVITÉS, ET VOUS ÊTES ANIMATEUR DE L’ASSOCIATION IEPAD. QUELLES SONT LES MISSIONS DE CETTE ASSOCIATION ?

L’association IePAD a été créée en 2011 dans l’objectif de mener des actions à portée économique, sociale et environnementale au sein d’un parc d’activités situé au sud de Nantes (la Chevrolière), regroupant une dizaine d’entreprises. Le parc était vieillissant, mais situé en bordure d’une zone classée Natura 2000, la Réserve naturelle du lac de Grand-Lieu. Il nous paraissait important de voir comment impulser une dynamique entre les entreprises et rendre le site plus attractif, coordonner les initiatives en matière de transition et mieux s’intégrer dans cet espace protégé. Armor Group, l’entreprise la plus importante du parc (600 salariés), dont l’activité principale est de produire des consommables pour imprimantes industrielles, a été moteur dans cette initiative. L’association regroupe aujourd’hui la quasi-totalité des entreprises du parc d’activités. Le cadre associatif a permis entre autres de lever des fonds plus facilement pour financer des expertises techniques nécessaires, faire des études d’impact ou mener des enquêtes auprès des parties prenantes.

QUELS SONT LES PROJETS QUE L’ASSOCIATION A DEVELOPPES DEPUIS 2011 ?

Le premier projet que l’association a lancé est la gestion collective des déchets. Suite à une enquête réalisée par Armor auprès des riverains, nous avions relevé les nuisances liées au transport routier. Chaque entreprise collectait ses déchets individuellement et cela impliquait de nombreux déplacements de poids lourds dans la zone. La décision de mutualiser le prestataire a réduit entre autres les nuisances puisque celui-ci a concentré ses déplacements pour récupérer les déchets de l’ensemble des entreprises du parc. Cela a également permis d’amorcer un effort plus conséquent sur le tri des déchets et leur traçabilité ainsi qu’une réflexion sur la réutilisation de certains matériaux dans une logique d’économie circulaire. Nous suivons de près les progrès obtenus : quantité de déchets par typologie, pourcentage de déchets recyclés, empreinte carbone évitée. Le tarif négocié sur des volumes de déchets plus importants a bénéficié à l’ensemble des entreprises. Les déchets dangereux, en revanche, ne sont pas inclus dans cette gestion collective car ils ne concernent que deux entreprises du parc et font l’objet d’une réglementation spécifique.

Suite à cette première étape, nous avons traité la question de la mobilité. Même si proche du bourg, le parc d’activités est à l’écart des réseaux de transport. Pour réduire l’usage de la voiture, nous avons décidé de lancer un  programme de covoiturage commun aux salariés de toutes les entreprises. Mais l’initiative n’a pas bien fonctionné. Nous avons eu plus de succès en multipliant les moyens d’accès au site : revoir la grille des horaires de transports en commun par exemple pour faciliter les déplacements et encourager les salariés à venir en vélo grâce à la piste cyclable qui rejoint le parc d’activités depuis le bourg.

Le troisième gros chantier concernait la transition énergétique. Nous avons commencé par grouper nos achats pour mieux isoler les bâtiments, sécuriser la fourniture d’électricité. L’association suit activement la baisse de la consommation énergétique et souhaite désormais développer les énergies renouvelables pour produire sa propre électricité. Il est aussi prévu d’installer des panneaux photovoltaïques en toiture et en ombrière. Cela permettra de produire et de consommer localement l’énergie. Le travail sur les smart grids permettra également d’optimiser la production et la consommation à l’échelle locale.

Le dernier gros projet mené par l’association autour de la protection de la biodiversité est, pour moi, un vrai symbole de réussite. En 2011, les entreprises n’étaient pas très à l’aise sur ce sujet et n’y voyaient pas vraiment d’intérêt. Il a fallu convaincre de la pertinence de la démarche. La première étape a consisté à établir des diagnostics sur les eaux pluviales, les corridors écologiques, réaliser un inventaire de la faune et de la flore. En s’appuyant sur les préconisations des associations de protection de la nature locales comme la LPO, nous avons construit des gîtes à chauve-souris et à insectes, des nichoirs à passereaux, aménagé les clôtures pour faciliter le déplacement de la faune, laissé des tas de bois et de pierres afin de créer des abris naturels. Il a fallu également arracher les haies de laurier, qui est une espèce invasive, pour les remplacer par des haies champêtres. La mise en place de l’éco-pâturage, la restauration d’une mare et l’installation des ruches a complété le dispositif. Les ruches permettaient, non pas de faire du miel, mais d’analyser les pollens collectés par les abeilles pour étudier la diversité végétale autour des ruches et détecter des polluants (insecticides, métaux lourds, hydrocarbures aromatiques polycycliques). L’un des axes du programme était aussi de sensibiliser les salariés : nous avons donc organisé des sorties nature en famille pour découvrir la faune et la flore du site. Ce programme GITE (Gestion de l’intégration territoriale et environnementale) a duré 3 ans et coûté 130 000 euros mais le résultat est là : il a permis de resserrer les liens avec les parties prenantes du territoire (la région, la commune, les associations de protection de la nature, les entreprises…) et de mieux intégrer le site dans son environnement préservé. A partir des actions engagées par l’association, nous avons d’ailleurs créé un guide de bonnes pratiques sur la prise en compte de la biodiversité pour inspirer les autres parcs d’activités du territoire.  La prochaine étape encore à l’étude est l’installation d’un bassin de phytoépuration qui permettrait de créer une zone humide et d’assainir les eaux de ruissellement.

QUELLES ONT ETE LES PRINCIPALES DIFFICULTES QUE VOUS AVEZ PU RENCONTRER ?

Le plus compliqué pour nous a été de mobiliser les salariés. En dehors des sorties nature, les collaborateurs n’ont jamais vraiment pris part à l’opérationnel. Pour cela, il faut accepter de dégager du temps. Sur le temps de travail, cela implique que l’entreprise accepte qu’il y ait moins de temps de production. Et sur le temps personnel, il faut accepter de faire du bénévolat. Nous devons trouver les bons ressorts de mobilisation.

UNE ANECDOTE A NOUS PARTAGER ? UNE FIERTE ?

Les chefs d’entreprise qui consacrent du temps pour aller planter des arbres et qui y prennent du plaisir collectivement, mais aussi leur montée en compétences sur la biodiversité. Certains sont aujourd’hui fiers de pouvoir citer des noms d’oiseaux ou de montrer des photos des mésanges revenues nicher. L’autre grande fierté est d’avoir contribué à renouer des relations vivantes avec les parties prenantes locales (habitants, associations, commune, région…). Tout est plus simple à mettre en place en ayant une bonne compréhension mutuelle des problématiques de chacun et un souhait commun de valoriser le territoire. Nous avons d’ailleurs signé un Contrat Nature avec la Région et un Contrat du Refuge avec l’association locale LPO pour institutionnaliser nos démarches.

POUVEZ-VOUS NOUS PRECISER QUELLES INTERACTIONS OU COLLABORATIONS VOUS AVEZ EUES AVEC LES INSTANCES TERRITORIALES (COMMUNE, INTERCOMMUNALITE…) ? CELA VOUS A-T-IL AIDE A METTRE EN PLACE DES PARTIES DE VOTRE PROGRAMME AU SEIN DU PARC D’ACTIVITES ?

La mise en œuvre des projets environnementaux du parc d’activités a eu le mérite de renforcer la coopération avec les pouvoirs publics intéressés à soutenir la valorisation du territoire. Nous avons d’abord bénéficié d’un accompagnement avec des diagnostics sur la mobilité et l’énergie dans le cadre du PCAET (Plan Climat Air Energie territorial) de notre communauté de communes.

A l’échelle de la commune, nous participons aux évènements organisés par la mairie comme les Ruralies sur le thème de l’eau et l’agriculture qui est l’occasion de communiquer sur nos actions sur un stand dédié à notre association. La plantation d’un linéaire de haies a été aussi l’occasion de sensibiliser des classes de l’école primaire sur l’importance des arbres et des haies bocagères. La coulée verte de la commune a été prolongée jusqu’à l’entrée de la zone d’activité pour ajouter un espace industriel à la diversité d’espaces traversés par ce cheminement doux (espaces naturels remarquables, des espaces urbanisés, des espaces agricoles…).

Nous avons enfin reçu la Présidente de Région qui souhaitait échanger avec les chefs d’entreprises de l’association sur le dispositif Contrat Nature proposé par la Région Pays de la Loire.

POURQUOI AVEZ-VOUS REJOINT LE PACTE MONDIAL RESEAU FRANCE EN 2008 ?

Nous sommes un groupe international et le Pacte mondial représentait une vraie lisibilité de nos actions à l’international. Parmi les Dix principes du Pacte mondial, IePAD répond bien au principe 8 « Prendre des initiatives tendant à promouvoir une plus grande responsabilité en matière d’environnement ». Nous contribuons aussi aux ODD qui restent un bon cadre de référence pour la transition vers un avenir durable. L’ODD 17 sur les partenariats nous semble le plus important. Agir collectivement renouvelle les motivations et rend plus fort pour traiter des sujets complexes.

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