22 juin 2022

Rapport 2022 du SDSN : trois questions à Eve Karoubi

Le Réseau des Solutions de développement durable des Nations unies (SDSN) a publié début juin son rapport 2022 sur l’atteinte des Objectifs du développement durable. État des lieux avec Eve de la Mothe Karoubi, Directrice de l’équipe réseaux au SDSN.

Le rapport 2022 du SDSN dresse un tableau sans concession de la situation à mi-parcours de l’Agenda 2030. Quels sont les principaux enseignements de ce rapport ?

Le premier constat, et celui qui doit nous interpeller tous, est que les crises sanitaires, géopolitiques et climatiques ont stoppé les progrès vers les Objectifs de développement durable (ODD). Pour la deuxième année consécutive, le monde ne réalise plus de progrès vers les ODD. La paix, la diplomatie et la coopération internationale sont des conditions fondamentales pour permettre au monde de progresser vers les ODD d’ici 2030 et au-delà.

Le deuxième constat est le besoin urgent d’un plan mondial pour financer le développement durable. Les pays pauvres et vulnérables ont été durement frappés par les multiples crises et leurs répercussions internationales et il y a de forts risques que les fonds disponibles pour soutenir le développement durable à l’échelle globale se rétrécissent. Mais on ne doit pas perdre le cap – les ODD représentent notre futur souhaitable et sont un cadre pour sortir de ces crises. Concrètement, notre Rapport mondial sur développement durable 2022 propose un plan en cinq parties pour amplifier le financement des ODD dans le monde, et notamment dans les pays les plus vulnérables, et souligne le rôle essentiel du G20, du Fonds Monétaire International (FMI) et des Banques Multilatérales de Développement (BMD) en plus de l’aide publique au développement. Les chefs d’Etats du monde entier se réuniront en septembre 2023, pour la deuxième fois depuis l’adoption des ODD en 2015, pour discuter du statut et des priorités pour mettre en œuvre les ODD. La question du financement des ODD doit y être une question centrale.

Enfin, les points clés pour la France : classée au 7e rang sur 163 pays dans l’Indice ODD mondial, elle se positionne relativement bien par rapport au reste du monde sur les objectifs socio-économiques comme la lutte contre l’extrême pauvreté (ODD 1), l’égalité entre les sexes (ODD 5) et en matière d’accès aux services publics (santé, numérique, énergie) malgré des inégalités persistantes notamment dans le domaine de l’éducation. En revanche, comme d’autres pays de l’OCDE, la France obtient ses pires résultats en matière de consommation et production responsables (ODD 12) et en matière de lutte contre les changements climatiques (ODD 13) et de protection de la biodiversité marine (ODD 14) et terrestre (ODD 15). Ces résultats sont tirés vers le bas, notamment en raison des externalités négatives : la consommation en France qui impacte le reste du monde. La France se classe 154ème sur 163 pays dans le classement des externalités négatives.

Malgré les efforts de son administration, la France ne semble pas en bonne voie dans l’atteinte des ODD ? Quelles sont les principales faiblesses de notre pays ?

Si l’atteinte des ODD et de l’Accord de Paris sur le climat sont orientés respectivement vers 2030 et 2050, c’est dès maintenant que les politiques publiques, les investissements, et les outils de suivi doivent changer. C’est pourquoi, en plus de suivre les indicateurs de performance à travers l’Indice ODD, le Réseau de Solution pour le Développement Durable (SDSN) réalise une enquête chaque année pour suivre l’évolution des stratégies, plans d’action, régulations, investissements et plus généralement l’intégration des ODD dans les processus du secteur public comme le budget ou les statistiques. En 2022, pour la première fois, le rapport regroupe les pays en termes du niveau d’engagement des gouvernements pour atteindre les ODD sur la base de données récoltées par le SDSN et d’évaluations produites par d’autres organisations.

À mi-chemin vers 2030, les efforts à l’égard des ODD diffèrent grandement selon les pays. Les pays nordiques et certains pays du G20 (Argentine, Allemagne, Japon et Mexique) sont relativement plus avancés.  La Suède a par exemple annoncé vouloir devenir le premier pays du monde à établir une cible quantifiée pour réduire ses émissions de carbone à l’étranger et ainsi s’attaquer aux externalités négatives liées à sa consommation. À l’inverse, le Brésil, les Etats-Unis et la Russie présentent un niveau d’engagement « très faible » pour les ODD.

La France est dans la catégorie « engagement faible » en raison de l’intégration limitée des ODD dans les processus du secteur public, notamment dans le processus budgétaire, mais également de l’insuffisance des plans d’action et des mesures concrètes en matière de lutte contre le changement climatique. Certains pays ont placé l’organe responsable de la mise en œuvre des ODD sous l’autorité direct du bureau du Président ou du Premier Ministre, d’autres ont été jusqu’à créer un ministère dédié aux ODD et à l’Agenda 2030 comme en Espagne par exemple. Ce n’est pas le cas en France même si un récent rapport de France Stratégie paru en mai 2022 souligne l’intérêt de rattacher « l’orchestrateur » des politiques de soutenabilité au chef du gouvernement en France. La France n’a soumis qu’une seule Revue Nationale Volontaire aux Nations-Unis en 2016 tandis que des pays comme l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou la Finlande en ont soumis deux ou plus. Néanmoins, l’INSEE a mis en place un tableau de bord depuis 2018 incluant 98 indicateurs pour faire le suivi des progrès de la France dans l’atteinte des 17 ODD.

Selon vous, comment le secteur privé peut-il contribuer à l’atteinte de l’Agenda 2030 ?

L’Agenda 2030 est un agenda de transformation profonde dans notre façon de vivre, de consommer, et d’interagir avec le vivant. En tant que premier employeur en France et dans le monde, et grâce à son potentiel d’innovation et de financement, le secteur privé a un rôle central à jouer dans la capacité du monde à atteindre les ODD.

En particulier, nous avons un grand besoin d’innovation. Une partie viendra sans doute du secteur privé en coopération avec les centres de recherche et les universités. La science, les innovations technologiques et les systèmes de données peuvent aider à identifier des solutions en temps de crise et livrent des contributions décisives pour répondre aux défis majeurs de notre temps. Le SDSN mobilise le plus grand réseau de scientifiques et de chercheurs dans le monde dédié aux solutions pour le développement durable.

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