8 septembre 2026
Santé des sols : retour sur la COP17 désertification
La dégradation des sols et la désertification ne concernent plus uniquement les régions arides ou les pays du Sud. La France est désormais officiellement considérée comme un pays affecté par la désertification. À l’occasion de la COP17 Désertification, les États, acteurs scientifiques et secteur privé ont échangé sur les leviers pour restaurer les terres et renforcer leur résilience. Un enjeu qui concerne directement les entreprises et leurs chaînes de valeur.
Désertification et dégradation des sols : un enjeu désormais mondial
Moins connue que la COP contre les dérèglements climatiques, la COP désertification fait partie des trois grandes conventions internationales signées lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992. Tous les deux ans, pendant deux semaines, délégations de pays, organisations régionales, ONG, chercheurs, membres de la société civile et représentants du secteur privé se rassemblent pour tenter de trouver des solutions à la mauvaise santé des sols. Un sol en bonne santé est un enjeu primordial puisque les sols permettent de stocker l’eau, permettent de produire des denrées alimentaires et hébergent une partie importante de la biodiversité terrestre. Or l’artificialisation des terres, l’agriculture intensive, le recours aux engrais et aux pesticides et le changement climatique sont autant de pressions qui abîment les sols partout dans le monde. Plus de trois milliards de personnes vivent dans des zones touchées par la désertification et la dégradation des sols, et les sécheresses gagnent en fréquence et en gravité.
Ce n’est pas un phénomène réservé aux pays du Sud puisque depuis 2024, la France se déclare officiellement « affectée » par la désertification dans un contexte où 70% de ses terres sont dégradées par des phénomènes comme l’érosion ou l’artificialisation et où 1,4% de sa superficie totale, soit 751 700 hectares, est concernée par la désertification, selon le Comité Scientifique Français de la Désertification (CSFD).

United Nations Convention to Combat Desertification
Les priorités de la France pour lutter contre la désertification
Dans ses communications, la France indique défendre une approche intégrée de la lutte contre la désertification, fondée sur les synergies entre climat, biodiversité, développement durable et sécurité alimentaire. Et met ainsi en avant plusieurs priorités :
- faire progresser les travaux sur la sécheresse, en soutenant l’élaboration de réponses concrètes permettant de renforcer l’adaptation et la résilience des territoires ;
- promouvoir des systèmes agricoles durables, qui préservent la santé des sols ;
- définir le futur cadre stratégique de la Convention, qui fixera les priorités de l’organisation pour les prochaines années.
Dans un entretien accordé à Rfi le 25 août depuis Oulan-Bator, Barbara Pompili, ambassadrice de France déléguée à l’environnement et cheffe de la délégation française à la COP17 désertification, déclarait « la France veut montrer que s’occuper des sols, c’est s’occuper de tout ». Elle a poursuivi en indiquant souhaiter démontrer l’efficacité du multilatéralisme pour apporter des solutions à la mauvaise santé des sols. Une réaffirmation importante au moment même où le déroulé de la COP17 désertification était chahuté par le blocage des États-Unis autour de la participation de la société civile, de l’évocation des questions de genre et la création de synergies entre cette COP et les COP biodiversité et climat, auxquelles ils ne participent pas.

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Le pastoralisme au cœur des solutions pour préserver les terres
La Mongolie, pays hôte de cette COP17, a souhaité mettre à l’honneur le pastoralisme et les « terres de parcours » en avant. C’est un mode d’élevage ancestral, pratiqué par plus de 500 millions de personnes dans plus de 100 pays, qui repose sur la mobilité des troupeaux et l’utilisation de pâturages naturels. Cette pratique est une réponse aux questions de gestion des terres puisqu’elle s’appuie sur l’idée que lorsque l’usage des terres n’est plus adéquat, on se déplace plutôt que d’épuiser les ressources.
Secteur privé et financement de la restauration des terres
Un aspect essentiel pour accélérer la lutte contre le dérèglement climatique et la dégradation des terres réside dans la mobilisation du secteur privé. La CNULCD estime que la désertification, la dégradation des terres et la sécheresse représentent déjà un coût de 878 milliards de dollars par an. Dans le même temps, les besoins d’investissement restent considérables : environ 355 milliards de dollars seraient nécessaires chaque année entre 2025 et 2030 pour atteindre les objectifs de restauration des terres et renforcer la résilience face à la sécheresse, alors que les investissements actuels ne s’élèvent qu’à 77 milliards de dollars par an.
Dans ce contexte, la transformation des modèles agricoles et économiques apparaît moins comme une option que comme une nécessité pour renforcer la résilience des territoires et des économies. Lors de la COP17, Amina J. Mohammed, vice-secrétaire générale des Nations unies, a ainsi appelé à dépasser les approches ponctuelles et à donner aux politiques de restauration des terres les moyens financiers de leurs ambitions. Elle a notamment souligné que l’écart entre les investissements actuels et les besoins nécessaires rend indispensable un changement d’échelle dans le financement et dans l’action.
Afin de renforcer l’engagement du secteur privé, l’initiative Business4Land avait été lancée lors de la COP16 en Arabie Saoudite. Cette initiative vise à créer un cadre de dialogue multipartite entre les gouvernements, les organisations internationales, les institutions financières et l’ensemble du secteur privé. L’objectif est d’encourager les investissements privés en faveur de la gestion durable des terres, de promouvoir l’intégration de ces enjeux dans les stratégies d’entreprises ainsi que la diffusion de bonnes pratiques tout au long de la chaîne de valeur avec pour but la restauration de 1,5 milliard d’hectares de terres d’ici 2030.

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COP17 Désertification : un bilan contrasté
Une fois la COP17 passée, place au bilan. Cette COP a permis des avancées importantes notamment en matière de financement :
- mobilisation d’un portefeuille d’environ 1,3 milliard de dollars pour la restauration des terres et la résilience à la sécheresse dans 23 pays ;
- dont 1,2 milliard de dollars attribués à 45 projets consacrés aux terres de parcours et au pastoralisme au travers de la Rangelands Flagship Initiative ;
- lancement d’une Drought Resilience Investment Facility vise à mobiliser 400 millions de dollars de capitaux publics et privés pour financer des projets de résilience à la sécheresse.
En revanche, d’un point de vue normatif, aucun accord sur l’adoption d’un cadre mondial de lutte contre la sécheresse n’a été trouvé par les 197 Parties. Les discussions et négociations ont été renvoyées à la COP18, qui aura lieu en 2028 en Egypte.

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Comment les entreprises membres du Pacte mondial peuvent agir sur ces sujets :
– Pendant le cycle eau, les entreprises membres du Pacte mondial de l’ONU – Réseau France ont pu identifier des pratiques d’entreprises permettant d’améliorer la santé des sols en diminuant les prélèvements et consommations d’eau, en améliorant la qualité des eaux rejetées ou encore en appliquant des solutions basées sur la nature à leurs activités.
– Pendant le cycle déforestation, les entreprises membres vont identifier les pratiques de mise en conformité au RDUE afin de limiter ou supprimer la déforestation ou dégradation des forêts.


