28 octobre 2021

Retour sur la 14e édition de Produrable

Le Pacte mondial Réseau France organisait trois ateliers durant la 14e édition du salon PRODURABLE, organisé en partenariat avec le ministère de la Transition écologique et solidaire et le ministère de la Cohésion des territoires. La biodiversité, le climat et l’appropriation des ODD par les PME étaient au cœur des débats.

Biodiversité : comment mon entreprise peut-elle agir ?

SYNTHÈSE
Il y a encore quelques années, la biodiversité était un thème relativement peu abordé en entreprise, notamment en raison de la complexité de sa mise en œuvre. Pour aborder ce sujet, les trois intervenants ont recommandé de s’informer et nouer des partenariats avec des associations locales. Pour engager les collaborateurs, ils ont insisté sur l’importance d’expliquer aux équipes le lien entre biodiversité et activités de l’entreprise. Enfin, sur la mesure d’impact, notons que plusieurs outils existent : une pluralité d’approches peut être intéressante pour la biodiversité, mais difficile à mettre en œuvre à l’échelle d’un grand groupe.
INTERVENTIONS
Sylvie Gillet, responsable Environnement/RSE d’Entreprises pour l’Environnement (EpE), a expliqué que, jusqu’à récemment, la biodiversité était un sujet peu traité en entreprise à cause de sa complexité. Elle est revenue sur le lancement d’Act4nature (initiative dont le Pacte mondial Réseau France est partenaire) en juillet 2018, une initiative d’engagement volontaire des entreprises en faveur de la biodiversité. Depuis, les choses évoluent et les entreprises s’expriment et agissent de plus en plus en faveur de la biodiversité.
La biodiversité est un enjeu local pour les entreprises et leurs implantations, ce sont donc avec des associations de proximité qu’elles devraient structurer des partenariats. Tous les acteurs ont un rôle à jouer pour développer de bonnes pratiques, dont il faut réaliser le suivi. Plusieurs méthodes existent, à l’image des mesures d’empreinte : tous les outils et indicateurs ont leur intérêt. Pour Sylvie Gillet, « la diversité des approches sert la biodiversité ». Utiliser un seul indicateur serait réducteur puisqu’il n’existe pas encore de « super-outil », à l’instar de la tonne équivalent CO2 pour le climat.
En conclusion, pour exemple d’une action concrète à mettre rapidement en place, Sylvie Gillet a recommandé de lire « Sauvons la biodiversité ! Les 10 actions pour (ré)agir ! » d’Hélène Soubelet-Juillie, Jean-François Silvain et Jean-Louis Etienne. Mathieu Tolian, directeur adjoint du développement durable de Veolia, a confirmé que le sujet de la biodiversité était évoqué depuis peu en entreprise. Cependant, embarquer les collaborateurs sur ce thème reste compliqué. En effet, les liens entre l’activité de l’entreprise et la biodiversité sont moins évidents que pour le climat. Mathieu Tolian a recommandé d’être ambitieux sur le sujet pour se différencier. Il a insisté sur la nécessité de former les collaborateurs et de dialoguer avec des ONG qui peuvent apporter leur expertise. Pour lui, la diversité des outils est un bon moyen de s’adapter aux différents contextes. Cependant, elle devient handicapante pour consolider les données à l’échelle d’un groupe.
Franck David, responsable QSE / RSE d’Horoquartz, a également indiqué que le sujet était nouveau pour son entreprise. Pour intégrer ce sujet, plusieurs pistes avaient été évoquées, comme l’installation de ruches. Ce qui semblait être une bonne pratique s’est avérée être une fausse bonne idée, car les ruches peuplées d’abeilles domestiques chassent les abeilles sauvages, ce qui confirme que la biodiversité est un sujet complexe. Pour lui, il est nécessaire d’approfondir les sujets et de nouer des partenariats avec des acteurs locaux.

Climat, Accord de Paris et entreprises : 6 ans après le lancement de l’initiative Science Based Targets, quel bilan ?

SYNTHÈSE
Lancée en juin 2015, l’initiative Science Based Targets (SBTi) est un projet conjoint du Carbon Disclosure Project (CDP), du Pacte mondial des Nations Unies, du World Ressource Institute (WRI) et du World Wildlife Fund (WWF).L’initiative vise à encourager les entreprises à définir des objectifs de réduction (aussi appelés cibles de réduction) des émissions de gaz à effet de serre (GES) en cohérence avec les préconisations scientifiques. Il s’agit de promouvoir des stratégies alignées sur le niveau de décarbonation requis pour maintenir l’augmentation des températures mondiales en deçà de 1,5°C par rapport aux températures préindustrielles, conformément aux recommandations du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et à l’Accord de Paris sur le Climat. Les intervenants ont réaffirmé la pertinence de l’initiative pour définir une stratégie climat ambitieuse.
INTERVENTIONS
Tereza Bicalho, SBTi Climate and Land Technical Manager chez WWF, a rappelé qu’une Science-based target est un objectif qui indique de combien et en combien de temps les entreprises doivent diminuer leurs émissions de GES pour être crédibles scientifiquement et alignées avec l’Accord de Paris. L’enjeu de l’initiative SBTi est d’accompagner les entreprises dans la définition de ces objectifs. L’initiative répond au besoin de traduire les connaissances scientifiques et de les rendre accessibles. Une entreprise souhaitant s’engager doit définir et faire valider ses SBT, puis mettre en place des actions pour les atteindre et, enfin, suivre et réévaluer les SBT dans un délai de cinq ans. L’entreprise doit prendre en compte le scope 1 (les émissions directes), le scope 2 (les émissions liées à l’énergie) et le scope 3 (toutes les autres émissions indirectes).
Marie-Pierre Bousquet, directrice de l’intégration des SBT chez Danone, a indiqué qu’il était crucial de développer une expertise climat à l’intérieur de l’entreprise. Elle a présenté la stratégie Climat de Danone, dont les SBT ont été validés dès 2017. Pour Marie-Pierre Bousquet, il est primordial de collaborer avec des experts du climat. L’initiative SBTi est pertinente car elle traduit les enseignements de la science en objectifs rationnels et en pratiques applicables en entreprise.
Rémi-Pierre Lapprend, directeur RSE chez Maisons du Monde, a insisté sur la pertinence de l’initiative SBTi pour définir une stratégie climat qui garantit un alignement avec la science et les trajectoires 2°C ou 1,5°C. Il a présenté la stratégie climat de Maison du Monde, structurée autour des SBT. Il est selon lui crucial de rompre la corrélation entre la croissance de l’entreprise et la croissance des émissions, avec un plan d’action ambitieux. Pour Maison du Monde, cela passe par exemple par l’éco-conception des produits, des modes de transports moins émetteurs de GES et l’accompagnement de la mobilité des clients.

PME/ETI : Comment s’approprier les ODD ?

SYNTHÈSE
Les 17 Objectifs de développement durable (ODD) ont été adoptés en septembre 2015 par 193 États membres des Nations Unies, à la suite des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Ils constituent un plan d’action pour la paix, l’humanité, la planète et la prospérité, nécessitant la mise en œuvre de partenariats multi-acteurs. Chaque entreprise peut contribuer aux ODD. Pour sélectionner les ODD prioritaires, les intervenants ont conseillé aux PME de se référer à leurs valeurs et à leur cœur de métier.
INTERVENTIONS
Laurence Capossele, co-fondatrice et co-dirigeante de l’entreprise Cetup, a expliqué avoir directement identifié les ODD prioritaires, car ils faisaient écho aux valeurs de son entreprise (la sécurité, la qualité, l’image, le développement durable et le développement sociétal). Pour embarquer les collaborateurs, Cetup a rapidement intégré les ODD dans les communications internes, mais également dans les contrats de travail. Laurence Capossele aconseillé aux PME qui souhaitent s’engager de bien identifier en amont leurs valeurs et de se concentrer sur les ODD les plus directement liés à leur cœur de métier. Elle recommande aussi de ne pas forcément se plonger dans les 169 cibles et 232 indicateurs des ODD, pour ne pas se retrouver perdu, même si les 17 ODD constitue un ensemble indissociable.
Blandine Peillon, fondatrice et dirigeante de Jour de printemps, a rappelé que la valeur d’une entreprise dépendait de la valeur des collaborateurs. Elle a indiqué que pour avoir une bonne équipe, il faut que l’entreprise démontre son engagement. Lorsqu’ils ont découvert les ODD, elle et son équipe ont d’abord listé toutes les actions déjà mises en place par Jour de printemps. Ils ont ensuite collé sur chaque action le ou les post-it ODD correspondants. Grâce à cet exercice, Jour de printemps a pu prioriser 4 ODD : travail décent (ODD 8), inégalités réduites (ODD 10), consommation et production responsables (ODD 12) et partenariats pour la réalisation des objectifs (ODD 17). Depuis, Jour de printemps poursuit une démarche d’amélioration continue pour atteindre les 17 ODD. Pour généraliser la contribution des entreprises aux ODD, Blandine Peillon a appelé à une meilleure reconnaissance, notamment dans le cadre des appels d’offres. En conclusion, Blandine Peillon a conseillé aux PME qui souhaitent agir sur les ODD d’intégrer l’engagement au plus haut niveau de gouvernance.

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