IA et RSE : quels défis et opportunités ?

Introduction

L’intelligence artificielle (IA) s’est généralisée dans notre quotidien. Cette technologie transforme les entreprises, mais à quel prix ? Face aux impacts environnementaux et sociaux qu’elle génère, deux pistes se dégagent : l’IA frugale et une gouvernance éthique.

L’intelligence artificielle transforme les entreprises, mais son bilan environnemental et social interroge. L’IA peut apporter aux entreprises des gains de productivité importants et favoriser leur compétitivité. Toutefois, l’IA, comme le numérique en général, a un impact significatif sur l’environnement car elle est fortement consommatrices en ressource. En 2022, le secteur du numérique représentait ainsi 4,4 % de l’empreinte carbone de la France.

Limiter l’impact environnemental des infrastructures d’intelligence artificielle est essentiel pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies. Les entreprises du secteur privé doivent investir dans l’IA et les compétences requises pour exploiter pleinement son potentiel. En parallèle, elles doivent aussi rapidement optimiser leur utilisation de l’IA en y intégrant un principe de « frugalité », notamment si elles ambitionnent d’assurer la durabilité de leurs modèles d’affaires.

IA frugale

L’IA frugale vise à minimiser les besoins en ressources matérielles et énergétiques des systèmes d’IA, tout en garantissant leur performance. Selon la Mission interministérielle Numérique écoresponsable, un service frugal d’IA repose donc sur :

– la nécessité de recourir à un système d’IA plutôt qu’à une autre solution moins consommatrice pour répondre au même objectif a été démontrée ;
– de bonnes pratiques sont adoptées par le producteur, le fournisseur et le client d’IA pour diminuer les impacts environnementaux du service d’IA ;
– les usages et les besoins visent à rester dans les limites planétaires et ont été préalablement questionnés.

En résumé, l’IA frugale vise à obtenir des performances acceptables avec des outils plus simples. Elle s’interroge sur l’usage de modèles d’IA complexes, surtout quand les ressources (énergie, données, calcul) sont limitées.

De nombreux projets, publics et privés, tentent d’évaluer la frugalité des modèles d’IA. Ils font face à plusieurs obstacles, comme le manque de données, en particulier pour les grands modèles de langage, et une faible standardisation des modèles. Cela les oblige à créer des tests spécifiques à chaque usage. Par conséquent, il est urgent de rendre l’écosystème de l’IA plus transparent.

Le laboratoire de l’innovation au service de la transition écologique Ecolab a mis à disposition un Référentiel Général pour l’IA Frugale et une synthèse opérationnelle pour évaluer l’impact environnemental de l’IA sur plusieurs catégories d’impact. Il permet aux entreprises de recenser leurs bonnes pratiques et de suivre un cadre de référence reconnu et partagé.

IA frugale et réglementation européenne

L’IA frugale s’intègre naturellement dans l’architecture réglementaire européenne. En visant une réduction de la consommation d’énergie et de ressources matérielles, cette utilisation de l’IA répond aux obligations de transparence et de gestion des risques imposées par l’AI Act, lancé par l’UE en 2025. A l’avenir, l’empreinte carbone des modèles pourrait d’ailleurs devenir un critère explicite d’évaluation.
Le lien est encore plus clair avec la CSRD (pour Corporate Sustainability Reporting Directive), qui impose aux entreprises de l’UE de mesurer et de publier leurs impacts environnementaux. Les modèles d’IA légers, moins gourmands en énergie et en infrastructure, peuvent réduire les coûts liés à ce reporting et améliorer les performances ESG affichées par une organisation. De la même manière, la CSDDD (pour Corporate Sustainability Due Diligence Directive), qui demande une vigilance accrue sur toute la chaîne de valeur, trouve un allié naturel dans l’IA frugale : en limitant les externalités négatives (dépendance aux ressources rares, surconsommation énergétique), elle permet de rendre la diligence raisonnable plus simple, moins coûteuse et plus crédible.

IA et droits humains : un enjeu social et éthique majeur

L’intelligence artificielle constitue désormais un enjeu central de droits humains et de responsabilité sociétale. Son déploiement transforme profondément le monde du travail, la santé et la vie privée, tout en créant de nouveaux risques de discrimination et de précarisation. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), l’IA est amenée à modifier des centaines de millions d’emplois dans le monde, avec un risque accru d’inégalités entre les pays et entre les sexes – les femmes étant deux fois plus exposées à l’automatisation que les hommes. Les biais présents dans les données récoltées peuvent reproduire ou amplifier des inégalités liées au genre, à l’origine ou à la condition sociale. Par ailleurs, l’usage croissant de l’IA dans les ressources humaines, la surveillance ou le ciblage marketing soulève des enjeux majeurs de transparence, de vie privée et de liberté individuelle.
Pour y répondre, les entreprises doivent intégrer l’IA à leur stratégie de vigilance et de durabilité : cartographier les usages, évaluer les risques sociaux et environnementaux, former les équipes, et instaurer une gouvernance claire et éthique. Une IA véritablement durable est donc une IA « éthique par conception » (ethics by design), fondée sur la transparence, l’équité et la dignité humaine, au service d’une innovation qui protège les travailleurs et réduit les inégalités.

Quel rôle pour le Pacte mondial des Nations Unies

Le Pacte mondial des Nations Unies est un cadre d’engagement volontaire en faveur du développement durable. Les entreprises participantes s’engagent à respecter Dix principes universels en matière de droits humains, de normes du travail, d’environnement et de lutte contre la corruption. Le Pacte mondial aide les entreprises qui souhaitent structurer leurs politiques de durabilité avec des outils qui facilitent ensuite la mise en conformité avec les exigences relevant du droit contraignant, telles que la CSDD et la CSRD.
L’approche de l’IA frugale entre en résonance directe avec les principes du Pacte mondial des Nations unies. La recherche d’une moindre consommation énergétique et matérielle s’inscrit dans la logique environnementale du Pacte, tandis que l’accent mis sur l’accessibilité et l’inclusion rejoint ses engagements en faveur des droits humains et du développement équitable. Autrement dit, sobriété technologique et responsabilité sociale ne font pas deux mondes séparés, mais une même grammaire de durabilité.

RSE mode d’emploi

Que couvre exactement la responsabilité sociale des entreprises ? Quelles sont les actions concrètes que peuvent mettre en œuvre ces mêmes entreprises ? À travers cette série d’articles, le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France vise à apporter les clés de compréhension pour permettre aux entreprises de placer la responsabilité sociétale au cœur de leur stratégie.