L’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), que l’on identifie souvent comme « le GIEC de la biodiversité », a publié le 9 février 2026 son nouveau rapport d’évaluation majeur, avec pour objet d’étude les relations entre entreprises, économie et biodiversité. Ce rapport marque l’aboutissement d’un travail de près de trois ans mené par 80 experts mondiaux de premier plan et constitue la première évaluation à consensus scientifique mondial sur les impacts et dépendances des activités économiques vis-à-vis du vivant

C’est à la conclusion de la 12ème plénière de l’IPBES, organisée du 3 au 8 février à Manchester, que ses 150 pays membres ont adopté le résumé pour les décideurs du rapport à l’unanimité. Il sera par la suite diffusé dans toutes les langues officielles auprès des décideurs publics et privés de ces pays. 

Le rapport propose une nouvelle perspective d’appréhension de la biodiversité : alors qu’elle continue de décliner de manière accélérée, elle ne doit pas être considérée uniquement comme une question environnementale mais bien en tant qu’élément central d’une stabilité économique et du bien-être humain tout entier. En effet, le rapport souligne que la perte de biodiversité expose l’économie mondiale à des risques systémiques de même ampleur – et ils y sont d’ailleurs liés – que ceux dus au changement climatique. 

L’IPBES listait dans son précédent rapport d’ampleur de 2019 cinq grands types de pressions sur la biodiversité : les changements d’usages des terres et mers, la surexploitation des ressources, le changement climatique, les pollutions et les espèces exotiques envahissantes. Ces cinq grands facteurs d’érosion de la biodiversité ne menacent pas seulement les écosystèmes : ils fragilisent la sécurité économique, la stabilité de nombreux secteurs d’activités et in fine la santé et le bien-être de l’espèce humaine.  

Un lien entre entreprises et biodiversité sous consensus

Il est souligné dans le rapport que toute entreprise dépend directement ou indirectement du vivant et des services écosystémiques induits par une biodiversité à l’équilibre : disponibilité des matières premières, services de régulation du climat, de la qualité et l’approvisionnement en eau… De nombreux secteurs (agriculture, construction, pharmacie…) sont fortement dépendants d’une biodiversité saine. Ne pas intégrer la biodiversité dans sa stratégie d’entreprise expose ses activités à des risques accrus de dysfonctionnement : rupture de chaîne d’approvisionnement, pertes de matières premières, non-conformité aux nouvelles régulations à venir. Pourtant, aujourd’hui moins d’1% des entreprises publiant des rapports de durabilité y incluent leurs impacts sur la biodiversité. 

La biodiversité a été sous-valorisée dans les calculs économiques, décalant ainsi les coûts liés vers la société plutôt que de les inclure directement dans les modèles économiques des entreprises. Actuellement, les conditions ne sont pas favorables à la mise en place d’actions en faveur de la biodiversité, que ce soit en termes de soutien, de sanction, d’incitation et de financement. Le rapport souligne ainsi qu’en 2023 les investissements et subventions a impact direct négatif sur le vivant étaient estimés à 7300 milliards de dollars, contre environ 200 milliards pour la préservation de la biodiversité. 

Des recommandations pour passer à l’action 

Le rapport formule également de nombreuses propositions à destination de différents acteurs : entreprises mais aussi gouvernements, secteur financier, société civile. Il est ainsi souligné que même si les entreprises ont un rôle clé à jouer, elles ne pourront pas à elles seules créer un environnement propice à l’inversion de la perte de biodiversité. De nouveaux cadres politiques et juridiques, de nouveaux systèmes économiques et financiers devront voir le jour. Le rapport ne se contente pas de constater et liste plus de 100 actions concrètes possibles à mettre en œuvre pour mesurer et réduire dépendances et impacts sur la biodiversité et transformer son modèle d’affaires sont ainsi identifiées.  

Au Pacte mondial de l’ONU – Réseau France, nous proposons un cycle thématique “Biodiversité : diagnostic et outils”, qui combine apports de connaissances et exploration d’outils de diagnostic afin d’aider les participants à mieux comprendre leurs impacts et dépendances vis-à-vis de la biodiversité, et à initier une démarche opérationnelle et structurée sur le sujet. Plus d’informations