Longtemps perçue comme un sujet périphérique, la biodiversité s’impose aujourd’hui comme un déterminant clé de la résilience économique. Dépendance aux services écosystémiques, exposition aux risques physiques et de transition, pressions réglementaires croissantes : les impacts sur les modèles d’affaires sont déjà tangibles. 

Sans écosystèmes fonctionnels, ce sont des chaînes d’approvisionnement fragilisées, des coûts accrus et, à terme, une remise en cause de la création de valeur. 

C’est dans ce contexte que le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France a réuni des experts de WWF France, de l’IPBES, de l’Office français de la biodiversité et d’Entreprises pour l’Environnement pour une table ronde dédiée à la biodiversité, organisée en écho à la publication du dernier rapport de l’IPBES. 

À cette occasion, plusieurs intervenants de premier plan ont partagé leurs analyses et retours d’expérience : 

Une dépendance forte des entreprises à la nature 

 Premier constat partagé : la biodiversité ne relève pas uniquement d’un enjeu environnemental, mais constitue un pilier fondamental de nos économies. 

Aujourd’hui, 14 des 18 contributions de la nature à l’humanité telles que définies par l’IPBES sont en déclin. Cela s’explique notamment par un modèle de croissance reposant sur une consommation accrue de ressources, une recherche de rentabilité à court terme et un manque de redevabilité. 

Entre 1992 et 2014, le capital produit a doublé, tandis que le capital naturel a chuté de 40 %. 

Tous les secteurs sont concernés : 

Les entreprises sont ainsi exposées à plusieurs types de risques : 

Dans les dix prochaines années, les risques liés à la biodiversité figurent parmi les plus critiques selon le World Economic Forum. 

Un cadre international structurant et des exigences croissantes 

Les travaux de l’IPBES alimentent directement les cadres internationaux et les politiques publiques. Le cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, adopté lors de la 15ᵉ réunion des parties à la Convention sur la diversité biologique (COP15) fixe ainsi des objectifs ambitieux à horizon 2030 et 2050 : 

La cible 15 appelle spécifiquement les entreprises à renforcer leur transparence, en intégrant leurs impacts et dépendances à la biodiversité dans leur reporting, y compris sur leur chaîne de valeur. 

Ces ambitions se déclinent au niveau européen et national, notamment via la Stratégie nationale biodiversité 2030, qui vise à engager 5 000 entreprises françaises dans des démarches ambitieuses. 

En parallèle, les cadres réglementaires évoluent, à l’image de la CSRD et de son standard ESRS E4 dédié à la biodiversité, renforçant les attentes en matière de reporting. 

Des entreprises encore en transition 

Si les outils se sont structurés ces dernières années, notamment depuis la COP15, le niveau de maturité des entreprises reste très hétérogène. 

Plusieurs cadres complémentaires ont émergé : 

Malgré ces avancées, des marges de progression importantes subsistent. L’étude « Nat40 » du WWF révèle notamment : 

Certaines entreprises montrent toutefois la voie, en intégrant la biodiversité au cœur de leur modèle économique : recyclage urbain, nouveaux produits assurantiels intégrant les écosystèmes, ou encore outils internes pour limiter l’artificialisation des sols. 

Passer à l’action : méthodes, outils et gouvernance 

Le message clé porté par l’IPBES est clair : les connaissances et les outils existent, il est désormais urgent d’agir. Les entreprises sont invitées à structurer leur démarche autour d’un plan de transition nature en cinq étapes : 

  1. évaluer dépendances, impacts, risques et opportunités (DIRO) ; 
  1. définir des objectifs ; 
  1. déployer un plan d’action (éviter, réduire, restaurer) ; 
  1. mettre en place une gouvernance adaptée ; 
  1. assurer le suivi et le reporting. 

L’enjeu est également d’intégrer ces dimensions dans les systèmes de pilotage existants (tableaux de bord, comptabilité, stratégie), tout en reconnaissant que la valeur de la nature ne peut se limiter à une approche purement financière. 

Des dispositifs d’accompagnement pour accélérer 

Plusieurs outils et initiatives permettent d’accompagner concrètement les entreprises : 

Les experts recommandent également d’articuler les cadres existants : 

Des initiatives collectives, comme le Lab Transition Nature permettent par ailleurs de favoriser le dialogue entre entreprises, ONG et acteurs scientifiques. 

Vers un changement transformateur 

Au-delà des outils, la transition implique un changement profond des modèles économiques et des référentiels de décision. 

Cela suppose : 

Comme l’ont rappelé les intervenants, la biodiversité ne peut plus être considérée comme un sujet périphérique. Elle constitue un enjeu stratégique, au croisement de la résilience des entreprises, de la stabilité économique et du bien-être des sociétés. Cette table ronde est venue rappeler que le sujet a quitté le champ de la sensibilisation pour entrer dans celui de la transformation. Les entreprises qui tardent à intégrer la biodiversité dans leur stratégie prennent un risque qu’elles auront de plus en plus de mal à justifier. 

Et maintenant ? 

Les entreprises sont invitées à : 

Car une chose est certaine : face à l’érosion accélérée du vivant, le temps n’est plus à la sensibilisation, mais à la transformation. 


 Le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France et WWF France nouent un partenariat stratégique 

Cette table ronde a également été l’occasion d’annoncer le partenariat officiel entre le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France et WWF France. Cette collaboration vise à renforcer l’accompagnement des entreprises sur les enjeux liés à la biodiversité, en mobilisant des expertises complémentaires et en développant des outils concrets afin de leur permettre d’intégrer la biodiversité dans leurs stratégies et activités, et d’accélérer leur transformation. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération entre acteurs économiques, scientifiques et de la société civile, essentielle pour relever les défis systémiques liés à l’érosion du vivant.