Dans un monde en constante transformation, les acteurs économiques mondiaux sont confrontés à une pression règlementaire croissante. Ce débat est animé par l’urgence de faire face aux défis actuels et d’opérer aujourd’hui les choix les plus judicieux pour demain : faire de l’entreprise un acteur responsable et durable, dans un contexte de transition vers une économie verte.

En ce sens, la règlementation européenne a déjà évolué grâce aux textes de la Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR) et de la taxinomie verte (ou taxonomie verte), cette dernière étant utilisée comme exemple par d’autres États. Le 10 novembre dernier, le parlement européen a adopté la directive Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), une directive amenée à avoir un impact considérable sur le monde de l’entreprise.

Si les entreprises françaises de plus de 500 salariés répondent déjà aux demandes de la CSRD, à travers la Déclaration de performance extra-financière (DPEF), cette directive constituera une nouveauté réglementaire pour toutes les autres entreprises européennes de plus de 250 salariés à partir du 1er janvier 2024.

Les entreprises membres du Pacte mondial de l’ONU, résolument engagées dans la lutte contre le changement climatique, s’inscrivent dans un cadre d’engagement volontaire s’articulant autour de Dix principes dans les domaines des droits humains, du droit du travail, de l’environnement et de la lutte contre la corruption. Ces Dix principes sont issus des textes fondamentaux des Nations Unies, sur lesquels s’appuient également la CSRD, la SFDR et la Corporate Sustainability Due Diligence (CSDDD).

L’engagement des entreprises membres du Pacte mondial de l’ONU se traduit par le développement d’expertises opérationnelles sur des sujets liés aux droits humains, au droit du travail, à l’environnement et à la lutte contre la corruption. Les entreprises plus matures ont aussi développé des moyens de mesurer leur contribution aux Objectifs de développement durable (ODD). Ces enjeux seront évalués par des investisseurs, analystes et des agences de notation, qui les examineront avant d’investir dans l’entreprise.

Nous pouvons raisonnablement imaginer un avenir où les « premiers de la classe » ne seront pas seulement évalués sur leur moyenne de performance vis-à-vis de celle du secteur, mais aussi sur leur façon de mener leurs activités dans l’absolu. Ce sera alors l’occasion de participer à des appels d’offres tout en assurant le financement de chaînes de valeur durables.

Derrière ces efforts importants se cachent toutes les difficultés des directions financières, de plus en plus submergées par la charge de travail croissante générée par les démarches réglementaires. Il est nécessaire de distinguer le reporting légal du reporting managérial et stratégique, sans oublier que les deux sont profondément liés et ont le même objectif.

Le reporting légal et règlementaire répond à une demande de l’État ou du régulateur, qui a pour objectif la mise en œuvre d’une politique, tandis que le reporting managérial répond à une demande du management permettant de piloter son activité et sa stratégie.

Ces deux démarches visent à rendre compte aux parties prenantes. De plus, ils jouent un rôle fondamental : celui d’un instrument puissant pour prendre des décisions en vue d’améliorer son modèle économique et contribuer à la création d’un monde meilleur.

Ainsi, la question ne serait pas de limiter les ressources sur ces activités clés de pilotage, mais plutôt de définir un plan d’action concret pour atteindre les ODD et mesurer la contribution de chacun. Le constat est clair : au rythme des progrès actuels, le monde atteindrait les objectifs de l’Agenda 2030 avec 62 ans de retard !

Une longue route nous sépare des ODD, mais le monde dispose de peu de temps pour la parcourir : les décideurs du monde entrepreneurial pourront-ils finalement utiliser ces « nombreux » reportings pour prendre autant de décisions ambitieuses et raccourcir le chemin qui nous sépare d’un monde meilleur ?