Du 9 au 13 juin s’est tenue la Troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC3). Une semaine intense d’échanges, d’engagements et de solutions concrètes pour protéger notre océan, bien commun de l’humanité.

Le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France y a pris une part active, en organisant et co-organisant plusieurs événements structurants, à la fois au Blue Economy and Finance Forum (BEFF), dans la Zone Verte (La Baleine) et lors du Nice Ocean Business Forum (NOBF).

Objectif : mettre en lumière les solutions concrètes des entreprises en faveur d’une utilisation durable des océans. On retrouve notamment la décarbonation des activités économiques, le développement des énergies marines renouvelables, la prévention et le contrôle de la pollution, les infrastructures côtières basées sur la nature, les biotechnologies marines, la pêche durable ou encore l’écotourisme.

Le BEFF : un appel à l’action en amont de l’UNOC3

Un constat partagé : il faudrait 175 milliards de dollars par an pour protéger et restaurer l’océan, mais seuls 25 milliards sont aujourd’hui mobilisés. Ce déficit de financement appelle une transformation urgente des priorités économiques.

Afin de mobiliser des financements et adopter des outils efficaces pour flécher les investissements en faveur d’une économie bleue durable la Principauté de Monaco a accueilli, les 7 et 8 juin, le BEFF. Cet événement international a rassemblé investisseurs, entreprises, représentants de 100 pays, une vingtaine de chefs d’Etats, fondations  et ONG à la veille de l’UNOC3 et a abouti à des engagements fermes de 8,7 milliards d’euros supplémentaires pour les 5 prochaines années.

Parmi les temps forts de cette édition, Sanda Ojiambo, Sous-Secrétaire générale et CEO du Pacte mondial des Nations unies (United Nations Global Compact), a participé à une table ronde intitulée « Assurer une gouvernance et un financement durables des océans ». Elle y a présenté deux initiatives structurantes portées par le Pacte mondial :

Par ailleurs, Nils Pedersen, Délégué général du Pacte mondial de l’ONU – Réseau France, a animé une session dédiée aux solutions concrètes portées par des coalitions entreprises/ONG, en collaboration avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Cette session a souligné que toutes les entreprises –  qu’elles opèrent directement ou non en lien avec l’océan – ont un rôle à jouer dans sa préservation.

Ces deux journées ont mis en lumière la capacité de collaboration intersectorielle pour faire du BEFF un véritable tremplin vers l’action, à la veille de l’ouverture de la conférence de Nice. Un signal fort a été envoyé : les solutions existent et les financements aussi, les partenariats sont en marche – il est temps de les amplifier.

From Nice to Belém : maintenir l’élan pour la protection des océans

À l’occasion de la troisième Conférence des Nations Unies sur les océans (UNOC3), le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France, en collaboration avec Entreprises pour l’Environnement (EpE) et les réseaux nationaux du Brésil et du Portugal, a organisé l’événement From Nice to Belém: maintaining and enhancing the momentum on ocean protection à la Baleine (zone verte).

L’objectif : créer des passerelles entre la conférence actuelle et les négociations internationales sur le climat à venir. En effet, l’océan n’est aujourd’hui pas considéré comme une solution face aux dérèglement climatique alors même qu’il absorbe 30% de nos émissions, 90% de l’excès de chaleur terrestre et fournit 50% de l’oxygène que nous respirons. Cet événement a permis de mettre en lumière des solutions concrètes portées par le secteur privé dans les domaines de la décarbonation et de l’adaptation, des énergies renouvelables, de l’assurance, du tourisme et des services maritimes.

Sanda Ojiambo, Sous-Secrétaire générale et CEO du United Nations Global Compact, a ouvert la session en rappelant l’urgence d’une action collective :

Il y a dix ans, l’océan n’était même pas mentionné dans l’Accord de Paris. Aujourd’hui, à la 3e Conférence des Nations Unies sur l’Océan, nous voyons émerger une dynamique réelle autour du lien entre océan, nature et climat.

– Sanda Ojiambo

La Sous-Secrétaire générale a souligné l’importance de poursuivre les discussions, à tous les niveaux, sur la durabilité des océans, et salué l’engagement croissant des entreprises.

Panélistes et enseignements clés :

Les échanges ont mis en lumière la nécessité d’une collaboration renforcée entre secteurs public et privé, avec un soutien politique clair et des incitations réglementaires adaptées.

En conclusion, David Laurent, Directeur Transformation écologique (EpE), a rappelé que 80 % de la pollution marine vient de la terre, illustrant les liens profonds entre enjeux terrestres et marins. Il a insisté sur la séquence nécessaire pour agir efficacement :

Collecter les données – Concevoir des solutions – Engager les parties prenantes – Agir collectivement.

Il a enfin appelé à mobiliser davantage d’entreprises autour de l’ODD 14 (Vie aquatique), encore trop peu intégré dans les stratégies RSE, et à rejoindre les dynamiques collectives existantes comme le Business Call to Action.

Blue value, shared future : innover pour une économie bleue durable en Méditerranée

Organisée dans le cadre du Nice Ocean Business Forum (NOBF) par les réseaux du Pacte mondial des Nations unies en France, au Portugal, en Espagne et en Croatie, la session “Blue value, shared future : Mediterranean Business Innovation for a Sustainable Blue Economy” a rassemblé des entreprises méditerranéennes autour d’un enjeu majeur : le rôle central du secteur privé dans la transition vers une économie bleue durable et à faibles émissions.

En ciblant des secteurs clés – transport maritime, tourisme côtier, énergie, alimentation, finance – la session a mis en lumière des modèles économiques innovants, conciliant création de valeur, régénération des écosystèmes marins et adaptation au changement climatique. La décarbonation du transport maritime s’est imposée comme un pilier fondamental, à travers la réduction des émissions, le recours aux énergies marines renouvelables et l’optimisation logistique à faible impact.

Plusieurs acteurs ont présenté leurs approches exemplaires :

Lors de la session, Peter Burger, Data & Knowledge Management Officer au sein de UNESCO IOC, a souligné l’importance du partage de données pour atteindre la vision de la Décennie des Océans (2021–2030), « la science dont nous avons besoin pour l’océan que nous voulons ». Les entreprises génèrent des données marines précieuses, qui, si partagées, peuvent renforcer leur profil ESG, appuyer la recherche scientifique et créer de la valeur commerciale avec un faible surcoût.

Enfin, Mia Marty, Ocean Policy Officer au sein de l’Institut océanographique de Monaco, a pu présenter un projet collaboratif entre l’institut et les entreprises afin d’identifier des solutions innovantes et réaliser une étude prospective sur l’évolution de la Méditerranée à l’horizon 2050.

Partnerships for Ocean Protection : mobiliser tous les acteurs pour la protection de la Méditerranée

Organisé conjointement par le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France et la Métropole Nice Côte d’Azur, cet événement a réuni des acteurs engagés à l’intersection de multiples enjeux : dialogue multi-parties, partenariats public-privé, adaptation au changement climatique, protection de la biodiversité, énergies marines renouvelables, tourisme durable ainsi que gestion des déchets et de l’eau.

Il a permis de créer un lien concret entre les actions locales menées sur le territoire et le cadre plus large de la troisième Conférence des Nations unies sur les océans. La Métropole de Nice et le Pacte mondial des Nations unies ont ainsi collaboré pour construire cet évènement et mettre en lumière les solutions développées par les entreprises membres implantées sur le littoral méditerranéen.

Nils Pedersen, Délégué général du Pacte mondial de l’ONU – Réseau France, a animé la session. Parmi les intervenants figuraient Assunção Cristas (professeure à Nova School of Law, ancienne ministre de l’agriculture et de la mer du Portugal), ainsi que des représentants d’entreprises tels que Yves Karinthi (Directeur MGP, Nice Haliotis), Andreia Ramos (Environement and Sustainability Director, ANA – VINCI Airports), Dominique Moniot (Business Development Director France, Ocean Winds – ENGIE) et Silvia Bonilla (Responsable développement durable international, Groupe Séché). Les keys notes speechs ont été portés par Selda Susal Saatçi (Directrice de la communication et des relations d’entreprise du groupe, Anadolu Efes) et Damien Marchi (EVP Corporate Social Responsability, Vivendi) avec Alexandre Dechelotte (Co-fondateur, Plastic Odyssey).


La session a insisté sur la nécessité de partenariats interdisciplinaires et intersectoriels pour relever les défis liés à la durabilité des océans, à la biodiversité, à l’adaptation au changement climatique et aux énergies renouvelables. La collaboration entre décideurs politiques, ONG, secteur privé, scientifiques, collectivités locales et monde académique s’avère cruciale. Le monde académique joue un rôle clé en traduisant les connaissances scientifiques en actions concrètes et en facilitant la communication interdisciplinaire. Malgré un cadre législatif formel souvent en retard, les partenariats publics, privés et philanthropiques (PPPP) peuvent se structurer via des consortiums contractuels innovants.

“PPPPs are a very good tool. We need bigger companies to scale up solutions proposed by start ups. Partnerships amongst different entities and scope of activities to deliver solutions.” – Assunção Cristas

Pour l’ancienne ministre portugaise, le consensus et le débat rationnel sur l’exploitation minière des grands fonds marins représentent un défi majeur, appelant à un dialogue transparent et fondé sur la science. Les menaces classiques telles que la pollution, le changement climatique, l’acidification et la désoxygénation sont plus que d’actualité. Parmi les opportunités évoquées, le développement des marchés volontaires du carbone, notamment les crédits carbones bleus, sont le fruit d’études méthodologiques en cours. Si les réglementations telles que la CSRD et la CSDDD incitent les entreprises à réduire ou compenser leurs émissions, les mécanismes dédiés à la biodiversité sont encore à consolider.

“It is the responsibility of the law makers to make sure that solutions that already exist can be implemented.” – Yves Karinthi (Consortium Haliotis II – Suez)

Les intervenants ont insisté sur le fait que les partenariats les plus impactants à horizon 2030 seront profondément ancrés localement, basés sur la science, fondés sur la confiance, évolutifs et mesurables. Ces projets doivent créer une valeur partagée pour les communautés, promouvoir la biodiversité et ouvrir la voie à la participation sur des marchés émergents comme ceux du carbone. Un leadership public fort, une vision à long terme, des contrats intelligents et une coopération interservices sont essentiels pour accélérer les processus et faciliter la collaboration.


Il est recommandé d’encourager la formation de consortiums entre secteurs public, privé et philanthropique pour relever les défis complexes de durabilité. Le développement d’un langage commun et de formations interdisciplinaires doit rapprocher le monde académique et la pratique. Le dialogue transparent et scientifique doit être maintenu, notamment autour d’enjeux sensibles comme l’exploitation minière des grands fonds marins. Par ailleurs, il convient de poursuivre, piloter et étendre des projets liant besoins locaux et objectifs globaux de durabilité, tout en renforçant le rôle des autorités publiques dans la conduite et l’innovation réglementaire.

Et maintenant ?

Le Réseau France poursuivra son action en capitalisant sur les enseignements de l’UNOC3, en accompagnant les entreprises dans leurs stratégies océanes et en poursuivant le dialogue avec les collectivités locales, les ONG et les institutions internationales. La prochaine étape : amplifier les passerelles entre les engagements climat des entreprises et l’Océan mais aussi accélérer les dynamiques territoriales autours de l’adaptation des zones côtières.