Sur la base du travail collectif de grandes entreprises françaises, Benoît Galaup et Claire Tutenuit, de l’association Entreprises pour l’Environnement (EpE) proposent des méthodes, des solutions et des opportunités pour agir en faveur de la biodiversité en entreprise.

La communauté scientifique et chacun d’entre nous constate que la dégradation de la nature s’accélère du fait des impacts des activités humaines au point de mériter l’appellation de sixième extinction de masse. Cette perte de biodiversité conduit déjà à l’apparition de perturbations qui affectent directement la société, le fonctionnement et la pérennité des activités des sociétés humaines et des entreprises. Plusieurs institutions reconnaissent même que la diminution des services fournis par les écosystèmes dont dépend l’ensemble de la société menace déjà la stabilité du système financier.

Les entreprises ont un rôle central à jouer dans la préservation et la restauration de la biodiversité. Nombre de solutions pour la préserver et la restaurer sont déjà connues[1] et l’enjeu est désormais de les généraliser dans l’ensemble du monde économique. Mais certaines difficultés spécifiques apparaissent. La complexité de la biodiversité en est une : au-delà d’un simple recensement d’espèces et d’individus, le vivant est un ensemble complexe, interactif et dynamique, difficile à appréhender, à modéliser et même à mesurer. La communauté scientifique affirme qu’aucun indicateur unique ne permettrait de capturer à lui seul cette complexité et les entreprises qui cherchent à mesurer leurs impacts utilisent une diversité grandissante d’outils – la CSRD les conduit à le faire de plus en plus précisément.

Comme l’IPBES le recommande, les processus délibératifs entre différents types de parties prenantes permettent de juger collectivement des enjeux environnementaux les plus matériels pour l’entreprise ainsi que des priorités d’action. Cet « avis collectif » sur la matérialité et la pertinence des actions est au cœur du fonctionnement de la méthode de reconnaissance des engagements portée par le programme « Entreprises Engagées pour la Nature » (EEN) et l’initiative act4nature international. Ayant reconnu les engagements de plus de 70 grandes entreprises, la méthode promue par act4nature international consiste à soumettre aux regards croisés de réseaux d’entreprises, acteurs scientifiques et ONGs environnementales des engagements d’action SMART[2] pragmatiques et concrets. Ceux ayant été validés collectivement ont conduit à des progrès concrets confirmés par des rapports publics sur leur mise en œuvre.

Cette évaluation collective est un changement profond de fonctionnement pour des entreprises habituées à se fixer des trajectoires de développement et à en faire le suivi avec des outils de mesure simples. Pour la biodiversité, les outils sont à adapter aux enjeux, et il semble donc que le monde économique doive accepter « d’opérer à la manière non d’un ingénieur, mais d’un bricoleur »[3], pour reprendre les termes de Tatiana Giraud, professeur au Collège de France, et que c’est ainsi que la nature dont nous faisons partie peut retrouver les fonctionnements qui ont fait son succès depuis le début de la vie sur Terre.

Certaines de ces actions reposent par exemple sur l’intégration de la biodiversité au cœur du fonctionnement des modèles d’affaires des entreprises et sont parfois le résultat de leur transformation. Dans le cas de Séché Environnement, l’activité de réhabilitation de friches industrielles est devenue un levier de croissance suite à l’adoption de l’objectif de Zéro Artificialisation Nette dans le cadre de la loi Climat et Résilience. Pour Veolia, la création d’une zone de rejet végétalisée qui associe infrastructure grise et verte à Thionville permet d’améliorer la biodiversité tout en réduisant les coûts d’épuration de l’eau. Pour Kering, des contrats de Paiements pour Services Environnementaux avec 28 éleveurs de brebis dans le Lot permettent de rémunérer les pratiques agricoles favorables à la biodiversité et d’investir dans la transition écologique de ses chaînes d’approvisionnement. 

Ces solutions sont multiples, diverses, et spécifiques à chaque secteur et localité, à l’image de la diversité même des écosystèmes et des activités humaines. Elles sont largement illustrées dans la brochure « Biodiversité : valoriser pour agir » publiée par l’association Entreprises pour l’Environnement (EpE). Fondée sur une soixantaine de témoignages d’entreprises, d’acteurs financiers, d’ONG et d’acteurs académiques, cette brochure révèle la diversité des actions et des modèles économiques permettant de réduire les pressions sur la biodiversité voire de l’enrichir. Ces pratiques suggèrent également que le succès de la transition écologique pourrait résider dans la restauration et la création de liens nouveaux, plus forts et plus équilibrés, entre les écosystèmes humains et les écosystèmes naturels.

Benoît Galaup, Responsable Biodiversité, Finance, Numérique, EpE

Claire Tutenuit, Déléguée Générale, EpE


[1] Solutions des entreprises pour la biodiversité : changer d’échelle. Octobre 2022. Entreprises pour l’Environnement (EpE)

[2] Spécifique, Mesurable, Additionnel, Relevant, Temporellement encadré

[3] Citation de François Jacob (1981) utilisée par Tatiana Giraud lors de sa leçon inaugurale au collège de France (2022) : « Dynamique de la biodiversité et évolution : formation des espèces, domestication et adaptation ».